Haiti Numérique - La revue des Affaires. Economie, Finances et Nouvelles technologies

Si proche, Haïti est pourtant loin du Mexique

mercredi 26 février 2014 par Bill

Avec 9 741,79 dollars de produit intérieur brut (PIB) par habitant et une population 12 fois plus grande que celle d’Haïti, le Mexique est la douzième puissance économique mondiale. De son côté, Haïti avec ses 10 millions d’habitants et ses 770,95 dollars de PIB par habitant, Haïti est loin d’être comparable au pays des mariachis. Cette disparité économique rend improbable l’établissement d’un accord de libre échange entre Haïti et le Mexique. Le commerce informel grandissant entre les deux pays ne demande qu’à être formalisé. Une Chambre de commerce haïtiano-mexicaine devrait voir le jour. Mais après des échanges d’informations sur la base de l’équité et des intérêts communs des deux pays.

Après une rencontre avec des hommes d’affaires haïtiens et mexicains, à la Chambre nationale de l’Industrie et de la Transformation (Conacintra) du Mexique, l’ambassade d’Haïti au Mexique a reçu les membres de la délégation commerciale. La mission diplomatique a vite fait de passer un formulaire dit de suivi des résultats de ladite mission. Des 33 entreprises qui ont délégué au moins un représentant, 11 ont conclu des accords et une seule a véritablement signé un partenariat avec un partenaire mexicain.

Selon les données fournies par la représentation haïtienne au Mexique, 57% des entreprises présentes ont reçu des promesses d’investissements qui pourront créer potentiellement jusqu’à 38 000 emplois. Ces résultats sont le fruit de 126 rendez-vous d’affaires planifiés par les deux ambassades. Selon ces mêmes données, 71 entrepreneurs ont déclaré avoir eu des rendez-vous satisfaisants. Des ventes sont programmées pour les douze prochains mois. Jusqu’à 16 opérations de coentreprises sont en discussion entre les hommes d’affaires des deux pays.

Observateur de premier plan des dessous de cette mission commerciale coordonnée par les deux pays, l’ambassadeur d’Haïti au Mexique partage sa perception. « De ma vie de promoteur d’Haïti à l’étranger, c’est pour la première fois que j’ai vu de grandes et petites entreprises travailler et cohabiter dans une ambiance courtoise. Avec cette mission, j’ai pu constater qu’une nouvelle classe d’entrepreneurs est en train de prendre naissance », a confié Guy Lamothe au Nouvelliste.
Selon le représentant d’Haïti au Mexique, plusieurs entreprises haïtiennes doivent encore fournir des efforts pour travailler à l’échelle internationale. Il serait indiqué, dit-il, que les jeunes entrepreneurs haïtiens se formalisent de plus en plus s’ils souhaitent obtenir du succès sur le marche mexicain. Guy Lamothe est persuadé que cette mission marque une nouvelle ère dans les relations haïtiano-mexicaines.

Le premier directeur général du Centre de facilitation des investissements (CFI) devenu ambassadeur d’Haïti au Mexique croit qu’en approfondissant le cadre légal des affaires, en mettant des structures, en construisant des infrastructures et en mettant sur pied des partenariats sérieux, Haïti pourra se frayer un chemin dans ce pays de 120 millions d’habitants. Selon le diplomate haïtien, le processus est en marche. Les problèmes subsisteront. Il faut toujours s’armer de science pour les résoudre.

S’il n’y a pas de données exactes sur les Haïtiens évoluant dans le domaine entrepreneurial au Mexique, l’ambassade nous a appris que certains évoluent dans de petits commerces, d’autres, d’origine libanaise, travaillent dans des domaines. Mais aucun investissement d’entreprises haïtiennes de grande envergure n’est actuellement à signaler au pays de Carlos Slim.

Les Haïtiens vont devoir faire leur devoir de maison avant de conquérir l’espace commercial du Mexique. La mission commerciale haïtienne, du 17 au 21 février 2014, dans la capitale mexicaine a été un premier pas.D’autres doivent suivent si on veut obtenir à des résultats, selon M. Lamothe. Après avoir reçu des troupes culturelles et d’autres délégations, la mission diplomatique haïtienne en terre mexicaine a reçu pour la première fois depuis 1935 cette mission commerciale de près de 70 personnes.

Les deux ambassades travaillent en coordination. Guy Lamothe nous informe qu’il y a près de trois mois il s’est rendu dans l’Etat de Michoacán à l’invitation du conseil mexicain des PME à l’idée de créer une Chambre de commerce et d’industrie haïtiano-mexicaine. Cette région qui, à elle seule propulse le Mexique au premier rang mondial de producteur d’avocats, peut aider Haïti dans l’agriculture, la transformation.

Le secteur privé haïtien manque beaucoup de structures. La Chambre de commerce et d’industrie d’Haïti a déjà signé un accord d’échanges avec le Conseil entrepreneurial mexicain du Commerce extérieur de l’Investissement et de la Technologie (Comce). Le Centre de facilitation des investissements (CFI) devrait faire de même avec son équivalent mexicain, Promexico. L’institutionnalisation, le suivi mais aussi les échanges d’informations entre les deux pays s’avèrent necessaires dans l’évolution du commerce.

Comment les Haitiens peuvent-ils tirer le meilleur du commerce mexicain ?

A cette question, l’ambassadeur Lamothe a indiqué que « le Mexique a un secteur secondaire assez développé qui produit des biens de qualité, notamment dans le domaine agroalimentaire. Dans un premier temps, notre pays peut s’approvisionner en produits de bonne qualité à un prix compétitif et dans une deuxième étape inviter les Mexicains à produire ces mêmes biens en Haiti afin d’épargner en matière de coût de transport, tirer profit d’un certain transfert de technologie et du savoir-faire mexicain. Etant donné que le Mexique n’a pas encore conquis le marché caribéen, notre pays pourrait servir de plateforme aux Mexicains pour atteindre les marchés des pays de la CARICOM. »

En outre, l’Ambassadeur Guy Lamothe estime que la réduction de la balance commerciale entre Haïti et le Mexique ne pourra pas se faire sans des investissements de taille en Haïti. « A ce niveau, les Mexicains ne feront pas de cadeau au pays. Il nous faut trouver des créneaux d’exportation vers ce pays qui veut commercer avec nous », a proposé Guy Lamothe.

Dieudonné Joachim
djoachim@lenouvelliste.com

Voir en ligne : Le Nouvelliste

Accueil | Plan du site | Contact | Statistiques du site | Visiteurs : 152 / 272374