Haiti Numérique - La revue des Affaires. Economie, Finances et Nouvelles technologies
Secteur de la construction

Plaidoyer pour une industrie des pavés de béton au bord de la faillite

jeudi 27 mars 2014 par Bill

L’utilisation des adoquins dans la construction des infrastructures dans le pays est, pour Jean Lionel Pressoir, un double avantage. Dans une présentation dans le séminaire-atelier sur la stratégie de croissance économique, organisé par le ministère de l’Economie et des Finances, le responsable de l’Association des producteurs de blocs et de pavés souhaite que les adoquins reprennent leur place dans la construction des routes en Haïti.

Les routes secondaires et l’aménagement de l’intérieur des villes (de province) ne se refont plus avec des adoquins, comme cela a été le cas durant les deux dernières décennies, constate l’Association des producteurs de blocs et de pavés de béton (APRO-BP). Une tendance qui, selon l’association, pénalise des compagnies de fabrication d’adoquins et des firmes de construction qui utilisent les adoquins. Jean Lionel Pressoir a montré, dans une présentation à l’atelier qui travaillait sur le secteur de la construction dans le séminaire-atelier sur la stratégie de croissance économique, organisé par le ministère de l’Economie et des Finances, que l’utilisation des adoquins est plus avantageuse que l’asphalte et le béton dans l’aménagement des routes.

« C’est l’industrie créatrice d’emplois par excellence. Pour un kilomètre de route, plus de 2 400 hommes-jours emplois sont créés », a indiqué M. Pressoir, soulignant que, contrairement dans le béton ou dans l’asphalte, la main-d’œuvre représente 35% du coût de la pose. En plus, le représentant de l’APRO-BP a fait remarquer que les matériaux utilisés dans la fabrication des adoquins sont localement disponibles et la pose des adoquins nécessite très peu d’investissement en équipements. Ce qui, selon lui, ouvre des possibilités à un plus grand nombre d’entreprises de construction locales.

Plus solide, plus durable et moins cher

La présentation sur l’industrie des pavés de béton de l’Association des producteurs de blocs et de pavés de béton fait remarquer que les routes en adoquins durent plus de 20 ans. « Ces routes en pavés sont plus solides et mieux adaptées aux poids lourds », a estimé Jean Lionel Pressoir, croyant qu’il faut continuer à utiliser les adoquins à cause de leur solidité et de leur durabilité.

Pour prouver la solidité et la durabilité des adoquins dans la construction, Jean Lionel Pressoir a cité quelques ouvrages qui ont pu résister pendant plus d’une décennie sans réparation. « La route de Canapé-Vert / Juvénat a duré 25 ans sans réparation et l’entrée de l’aéroport a duré 14 ans », a-t-il témoigné. Il a également souligné que l’aménagement de la ville de Cavaillon a été fait, il y a 16 ans, en 1997, celui de la ville de Port-Salut, réalisé en 2002, a 11 ans.

A titre de comparaison au niveau du coût au kilomètre, Jean Lionel Pressoir a fait remarquer que le kilomètre en adoquins est moins cher que les deux autres. « Il est généralement accepté dans le milieu que le kilomètre de l’asphalte coûte un million de dollars américains, le kilomètre du béton est à 976 000 dollars et celui de l’adoquin, moins cher, à 944 000 », a-t-il fait remarquer, soulignant que le coût de la préparation de la base pour un kilomètre de route est le même dans les trois cas.

Un secteur en péril

Dans une intervention, un membre de l’APRO-BP a fait savoir que le gouvernement n’opte plus pour la construction des routes en adoquins. Ce qui, selon l’intervenante, a été dit dans un Conseil de ministres. La présentation de l’association a permis de déceler que même les pays producteurs de pétrole optent pour les pavés de béton pour des projets de routes urbaines et rurales.

« L’industrie des pavés de béton est mal comprise, sous-utilisée et se trouve aujourd’hui au bord de la faillite », a déclaré M. Pressoir, qui, pourtant considère cette industrie comme la plus importante au niveau de l’impact socioéconomique sur les populations. « Les industries d’adoquins et de blocs, les sociétés de construction et de pose d’adoquins ont lourdement investi dans le secteur », a fait savoir le représentant de l’APRO-BP, soulignant que ce secteur s’était bien préparé à participer activement à la reconstruction du pays sous l’encouragement du CFI.

Ne trouvant pas d’affaires, les sociétés de cette filière ne sont pas en mesure, selon Jean Lionel Pressoir, de rembourser les prêts bancaires, un grand nombre d’ouvriers ont été licenciés, les stocks d’adoquins non vendus sont énormes et les camions des transporteurs ne sont pas utilisés.

La nouvelle option gouvernementale pour les routes en asphalte ou en béton au détriment de l’adoquin a été prise, selon l’APRO-BP, sous des informations erronées transmises au ministère des Travaux publics. Comme conséquences, Jean Lionel Pressoir a indiqué que certains contrats de route dont le revêtement a été initialement prévu en adoquins sont réalisés en béton ou en asphalte (Gros-Morne). Il a aussi fait savoir que l’octroi de certains contrats traditionnellement donnés aux firmes haïtiennes (trottoirs, routes urbaines et rurales) sont maintenant accordés à des firmes étrangères.

L’APRO-BP croit que le choix de l’adoquin peut grandement contribuer à aider le gouvernement dans sa quête de renforcement de l’économie, de création d’emplois et d’apaisement social. « Pour l’emploi et la production nationale, le gouvernement devrait repenser ses choix et favoriser les entreprises d’ici et les emplois haïtiens », a recommandé l’Association des producteurs de blocs et de pavés de béton.
Carlin Michel
cmichel@lenouvelliste.com

Voir en ligne : Le Nouvelliste

Accueil | Plan du site | Contact | Statistiques du site | Visiteurs : 164 / 282723