Haiti Numérique - La revue des Affaires. Economie, Finances et Nouvelles technologies

Peut-on faciliter l’inclusion financière en Haïti ?

vendredi 20 avril 2012 par Bill

Le système financier haïtien est déséquilibré et exclusif. Tel est le constat du Group Croissance qui a poussé ce dernier à organiser le deuxième colloque sur la finance et la technologie sur le thème : « Faciliter l’inclusion financière en Haïti », du 17 au 20 avril 2012 au Karibe Convention Center. L’objectif poursuivi par ce colloque consiste à conscientiser tous les acteurs concernés à l’urgente nécessité de démocratiser les ressources financières existantes.

Le système financier haïtien est déséquilibré et exclusif. Tel est le constat du Group Croissance qui a poussé ce dernier à organiser le deuxième colloque sur la finance et la technologie sur le thème : « Faciliter l’inclusion financière en Haïti », du 17 au 20 avril 2012 au Karibe Convention Center. L’objectif poursuivi par ce colloque consiste à conscientiser tous les acteurs concernés à l’urgente nécessité de démocratiser les ressources financières existantes.

Durant quatre jours, une pléiade de personnalités, du secteur public et du système financier en général ont longuement débattu sur les contraintes liées au système en vue d’y remédier. Nombreux sont ceux qui s’accordent sur la nécessité pour que les pouvoirs législatif et exécutif révisent les lois désuètes sur la fiscalité et appliquent des politiques publiques au bénéfice des plus vulnérables. S’il est vrai qu’un long chemin reste à parcourir pour y arriver, néanmoins certains hommes et femmes constituent des modèles de réussite du système financier haïtien. Aussi, la directrice de la Citibank, Mme Gladys Coupet, et l’ex-ministre de l’Économie et des Finances, Henry Bazin, se sont-ils vu décerner, à chacun, une plaque d’honneur pour leur dur et fructueux labeur.

Le système financier exclu la majorité !

L’équation paraît simple. Le système bancaire se nourrit essentiellement de l’épargne des acteurs économiques. Or l’épargne repose sur les activités économiques génératrices de revenus. Mais la question est : comment accéder aux ressources financières mal réparties ? Selon des données divulguées par la Banque de la République haïtienne (BRH), les activités économiques sont fortement concentrées dans le département de l’Ouest. Sur 131 milliards de gourdes disponibles dans tout le système bancaire, le département de l’Ouest en absorbe 117. Tandis que trois autres départements : le Nord-Est, la Grand-Anse et les Nippes disposent chacun de moins d’un milliard de gourdes de dépôts.

Cette situation, qualifiée d’insécurité financière par le président-directeur général du Group Croissance S. A., Kesner Pharel, explique pourquoi le secteur bancaire est concentré dans l’ouest du pays. Les banques, avance-t-il, sont attitrées vers les régions où il existe une forte activité économique. Cependant un problème se pose. Une enquête statistique réalisée par le Group Croissance au cours de cette année révèle que 50 % des clients des banques commerciales ignorent l’ensemble des services offerts par celles-ci. Toutefois, 88 % des personnes interrogées manifestent le désir de connaître ces services et d’en profiter. Ce qui, pour M. Pharel, devrait interpeller le secteur bancaire car, soutient-il, moins les clients connaissent les services offerts par les banques moins ils seront disposés à les acheter. Ce qui est susceptible d’affecter leurs performances.

Cependant, la question reste pendante. La grande majorité des ménages sont exclus du système financier en Haïti. En effet, moins de 10 % des sondés ont accès au crédit alors que pour Monsieur Fritz Duroseau, un représentant de la Banque centrale qui intervenait à ce colloque, un flux considérable de liquidité est disponible dans le système bancaire. Il se réjouit à cet effet que la Banque centrale ait pu stabiliser le cadre macroéconomique, ce qui a facilité des taux d’intérêts de 8 % dans les banques. Toutefois, précise-t-il, il s’agit d’un avantage accordé aux clients solvables. Comment les agents économiques deviendront-ils solvables s’ils sont privés de ressources financières ?

Inclusion financière rime avec investissement

Alors que le système bancaire haïtien n’accuse que trois milliards de dollars américains de dépôts, la République dominicaine en totalise quinze milliards. Rien d’étonnant donc que le flux d’investissement direct étranger de la République voisine durant les dernières décennies soit nettement supérieur à celui d’Haïti. À ce titre, de nombreuses interventions plaident en faveur d’une action concertée entre le gouvernement et les parlementaires pour favoriser l’investissement. Dans son intervention, le directeur général du Centre de facilitation des investissements (CFI), Karl Jean-Louis, croit que l’instance qu’il dirige a grandement contribué à alléger le processus d’implantation d’une entreprise en Haïti, notamment à travers la modernisation de son site web, facilitant ainsi l’accès à l’information aux potentiels investisseurs.

Le nombre de jours que dure le processus de création d’entreprises en Haïti est, sans équivoque, l’un des obstacles majeurs à l’investissement. Monsieur Jean-Louis promet sous peu d’y remédier par la création d’un guichet unique. Toutefois, il dit compter également sur la collaboration d’autres acteurs du système, tel le Parlement, en vue d’améliorer le cadre légal des affaires.

Dans cette perspective, le président de la commission Finances au Sénat, Jocelerme Privert, dans son allocution de circonstance, a plaidé en faveur de la réforme du système fiscale haïtien. Puisque, avance-t-il, de nombreuses lois de ce système sont désuètes et inadaptées. Il cite en exemple le Code du commerce, la loi sur les sociétés anonymes et la loi sur l’enregistrement. Des doutes légitimes cependant planent sur la volonté des parlementaires à jouer pleinement leur rôle vu qu’ils se confondent souvent avec le pouvoir exécutif qu’ils sont appelés à contrôler.

Le deuxième colloque sur la finance et la technologie appliquée montre, plus que tout autre acteur, que les politiques ont un rôle primordial à jouer dans le développement socioéconomique du pays. Si le climat d’instabilité perdure, d’aucuns croient que ce colloque n’aura accouchéd’aucun résultat concret.

Jean Michel Cadet
Jeanmich83@yahoo.fr

Voir en ligne : www.lematinhaiti.com

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