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Nouveaux et anciens visages du secteur informel en Haïti : le cas de la ville de Saint-Marc

lundi 3 juin 2013 par Bill

Dans le cadre du cours de sociologie du travail, dispensé à la Faculté des sciences humaines (FASCH), entité de l’Université d’Etat d’Haïti (U.E.H), et à l’initiative des étudiants, une étude a été réalisée sur le secteur informel (S.I) à Saint-Marc, dans le département de l’Artibonite, en vue de mieux appréhender les nouveaux et anciens visages du S.I. Les résultats de cette étude font l’objet de la présente publication.

Mise en contexte

Dans le cadre du cours de sociologie du travail, dispensé à la Faculté des sciences humaines (FASCH), entité de l’Université d’Etat d’Haïti (U.E.H), et à l’initiative des étudiants, une étude a été réalisée sur le secteur informel (S.I) à Saint-Marc, dans le département de l’Artibonite, en vue de mieux appréhender les nouveaux et anciens visages du S.I. Les résultats de cette étude font l’objet de la présente publication.

Problématique.

L’un des plus grands défis à relever dans le pays est la difficulté pour la population économiquement active (P.E.A) de trouver un emploi stable, formel, bien rémunéré, soit un emploi pouvant permettre à l’agent économique de garantir son bien-être et celui de sa famille. Cette situation est liée à la prépondérance du S.I, caractérisé par l’extension des activités précaires, marginales et non typiquement capitalistes. Cette extension n’est pas un phénomène nouveau dans l’histoire économique de notre pays.

Déjà, beaucoup d’études ont cerné cette problématique. Nous pouvons citer, entre autres, les travaux de Nathalie Brisson Lamothe, de Gérald F. Chéry et la thèse doctorale de Fritz-Pierre Joseph. Toutes ces recherches ont démontré le poids ou l’importance du S.I dans l’absorption de la main-d’oeuvre. La limite de ces études c’est qu’elles n’ont pas eu le temps d’aborder les Nouveaux visages du secteur informel (N.V.S.I). Aussi, cette déficience nous a-t-elle conduits à la réalisation de ce travail.

L’ambition qui guidait cette démarche était d’analyser les nouvelles activités émergentes, spécialement dans les années 2000, sans toutefois négliger celles qui existaient déjà. Dans le cadre de cette recherche, nous avons privilégié les activités que voici :
1) les chauffeurs de taxi-moto ;
2) les vendeurs de recharge téléphonique (Pappadap, La pou la) ;
3) les vendeurs d’eau en sachet (ambulants) et en détail. Ces trois activités, nous pouvons les cataloguer en tant qu’activités émergeantes. Car, elles tendent à se présenter comme étant les activités dominantes du S.I ces derniers temps, spécialement dans les milieux urbains du pays. En quatrième lieu, nous nous sommes intéressés au cas de porte-faix (bouretye), c’est-à-dire, des gens qui transportent des colis, d’un endroit à un autre à l’aide d’une brouette, pour une somme modique. Pour continuer, nous nous sommes penchés sur les cas des restaurateurs en plein-air, plus connus sous le nom de : « chen janbe, anba dra, akoupi m chaje w, etc. »

Nous avons considéré aussi certaines autres activités telles que celle du cireur de bottes (chany), de la marchande ambulante de manioc bouilli (machann manyòk bouyi) et du marchand de canne à sucre épluchée (machann kann). Cela nous permet de pénétrer l’hétérogénéité structurelle qui caractérise le secteur informel en Haïti.

Pour finir, nous avons jugé nécessaire d’analyser le cas des travailleurs sexuels. Etant donné que l’enquête sur le terrain eut lieu au cours de la journée, nous supposons que c’est à cause de cela que nous n’avons pas pu enregistrer de travailleurs sexuels masculins. Pour cela, l’étude porte uniquement sur les travailleurs sexuels féminins, plus connus sous le nom de prostituées « bouzen » dans notre société. Cette dernière activité n’est pas nouvelle dans le pays. Elle remonte, probablement, au début du 20e siècle. En effet, des romans de l’époque la mettent déjà en exergue (Jacques Stephen Alexis, l’espace d’un cillement, par exemple).

Il s’agit de montrer principalement que le niveau des revenus réalisés dans certaines activités du secteur informel dépasse le salaire minimum légal voté par le Parlement haïtien en 2009 et le mauvais cadre de vie des travailleurs condamnés à des salaires de pitance dans un contexte d’inflation économique comme facteur déterminant de leur niveau de pauvreté et de précarité.

Méthodologie

Notre recherche sur le terrain a été réalisée à la fin du mois de janvier 2013. Notre questionnaire d’enquête comportait une vingtaine de questions posées en créole. Ce choix de langue a été dicté par notre volonté de réduire au maximum les risques de biais susceptibles, dans la mesure où les enquêteurs seraient obligés de traduire les questions pour les enquêtés si elles étaient en français. Le questionnaire nous permettait de recueillir des informations relatives à l’âge des enquêtés, à leurs différentes sources de revenus, leur niveau d’études, ainsi qu’à l’accès aux services sociaux de base tels que : l’eau, le logement et les soins de santé. Nous avons divisé les travailleuses de sexe en trois catégories selon leur âge : 20 à 26 ans (les plus jeunes allant de), 26 à 32 (les moins jeunes) et 40 à 46 ans (les plus âgées).

IV- Présentation des résultats

1) Les conducteurs de taxi-moto

Dans le cadre de l’enquête menée auprès des conducteurs de taxi-moto, nous avons recueilli les données suivantes :
Ces conducteurs sont des jeunes âgés de 19-32 ans. Ils travaillent en moyenne 12 heures par jour pour un revenu journalier de 346,42 gourdes et dépensent 235gdes pour leur alimentation.

La majorité d’entre eux ont des enfants, et dépensent en moyenne pour leur scolarisation 2 142,85 gdes l’an. Le niveau d’études de ces travailleurs est compris entre sixième année fondamentale et l’université.

En faisant une différence entre le revenu quotidien et l’argent dépensé par jour, il ne reste que 111,42 gdes au conducteur pour subvenir à tous ses besoins. Compte tenu, d’une part, de la hausse des prix des produits de première nécessité sur le marché local, d’autre part, de l’absence d’une autre source de revenus journaliers pour le conducteur, il est clair que ses rentrées sont nettement insuffisantes pour permettre la reproduction de sa force de travail et l’entretien de sa famille. A cela, s’ajoute le fait que ces conducteurs vivent dans une promiscuité outrageante, logeant dans une seule pièce avec plus de 3 personnes.

2) Les vendeurs de recharge (pap padap et la pou la)

Pour ces travailleurs, l’enquête a révélé que la plupart sont des jeunes. Ils gagnent un revenu journalier à peine supérieur au salaire journalier minimum de 200 gourdes. Certains d’entre eux réalisent entre 250 et 500 gourdes/jour ; il y en a qui arrivent à gagner jusqu’à 1 000 gourdes/jour. Ils travaillent généralement 8 heures par jour et dépensent en moyenne 180 gourdes/ jour.

Nous avons constaté que les plus jeunes et les moins jeunes n’ont pas d’enfants tandis que le nombre des enfants des plus âgés se situe entre 2 et 6 enfants. En ce qui concerne leur niveau de scolarité, ils ont tous atteint le niveau secondaire. Pour ceux qui ont d’enfants, ils dépensent pour leur éducation entre 3 000 et 7 500 gourdes l’an. En outre, ces vendeurs de cartes de recharge prennent (2) plats par jour.

Les résultats de cette étude révèlent la précarité et la promiscuité dans lesquelles vit cette catégorie de travailleurs. Leurs faibles revenus ne leur permettent pas de répondre à leurs besoins fondamentaux (éducation, santé, logement). De fait, ces derniers, n’ayant pas un emploi stable, rentable ou formel, gagnent leur vie . Ces derniers n’arrivent pas à consommer au moins 2 000 des 2 700 calories /jour tenant compte de leur régime alimentaire limité en quantité et qualité suffisantes. Face à une telle réalité, l’État devrait élaborer des politiques visant à promouvoir les petites et moyennes entreprises au bénéfice des couches de la population se trouvant dans telle situation.

3) Les vendeurs ambulants d’eau en sachet et en détail

L’autre activité nouvellement émergée est la vente de sachets d’eau. Les vendeurs ambulants de sachet d’eau (vann dlo nan sachè ou vann sachè dlo ou machann dlo ti sachè)sont en général de sexe masculin. Ce sont des jeunes dont la moyenne d’âge est de 24 ans. Ils sont pour la plupart des analphabètes ou atteignent un bas niveau d’études primaires. Ils exercent leur activité toute la journée soit 12 heures de temps par jour. Ils gagnent entre 150 à 200 gourdes par jour. Leur dépense journalière s’élève à environ 100 gourdes. On doit se rendre compte que ces travailleurs rencontrent beaucoup de difficultés pour prendre soin de leur famille qui compte généralement 2 ou 3 enfants.

Le faible niveau de vie de cette catégorie de travailleurs se reflète dans leur alimentation quand ils déclarent qu’ils ne prennent qu’un repas par jour. Si l’on considère par ailleurs leurs dépenses en éducation et logement, leur niveau de pauvreté ne fait qu’accentuer quand on sait qu’ils ne reçoivent aucun appui financier tant interne qu’externe.

Les vendeurs de cartes de recharge partagent généralement une pièce de maison avec trois ou quatre personnes. Ce que cette catégorie de travailleurs gagne, ne leur permet pas de se payer certains loisirs. Cela nous montre comment les faiblesses de notre économie condamnent les jeunes à des activités précaires comme c’est le cas de ces marchands d’eau.

4) Les restauratrices (machann manje kwit)

Nous n’avons pas pu trouver de travailleurs de sexe masculin. Les marchandes de nourriture sont installées sous des taudis utilisés simultanément comme cuisine et comme espace de vente.
Les gens qui exercent cette activité sont des femmes relativement âgées. Il est surprenant de constater le haut niveau de revenu qu’elles gagnent soit en moyenne 1 500 gourdes/jour, environ 4 5000 gourdes/ mois. Ce salaire dépasse nettement celui d’un professeur à temps plein de l’Université d’État d’Haïti (U.E.H). Cette activité s’étend sur toute la journée. Leur dépense journalière se situe entre 250 et 500 gourdes.

La grande majorité de ces femmes ont des enfants, sauf la plus jeune (âgée de 27 ans). Presque toutes sont préoccupées par l’éducation de leurs enfants. Il faut souligner le faible niveau d’éducation de ces femmes, qui sont en majorité analphabètes. Leur revenu leur permet de répondre aux exigences scolaires de leurs enfants car, elles dépensent en moyenne 55000 gourdes/l’an pour leur éducation. Elles gagnent plus que les employés des usines de sous-traitance où les ouvriers reçoivent un salaire minimum d’environ 200 gourdes voté par le Parlement haïtien.

5) Champ d’activité « Bouretye »

Au niveau du centre-ville de Saint-Marc, nous avons constaté la présence de beaucoup de « bouretye ». Ces derniers, pour la plupart, ne sont pas de la ville de Saint-Marc. Ils y sont venus pour exercer cette activité en vue de gagner leur vie. Ils viennent des différentes zones avoisinantes. Parallèlement, la majorité continue de mener des activités agricoles dans leurs régions respectives.

Suivant les résultats de l’enquête, ceux qui mènent cette activité ont une moyenne d’âge de 30 ans et travaillent à longueur de journée. Ils gagnent en moyenne 200 gourdes par jour et dépensent entre 75 et 150 gourdes/ jour pour la nourriture et d’autres besoins. Considérant leur niveau de vie, comme on s’y attendait, ils sont tous des analphabètes. Lorsqu’ils sont à Saint-Marc, ils sont logés chez un proche ou en groupe, le plus souvent dans des abris ne disposant pas les services sociaux de base.

Cette étude nous a permis de mieux comprendre la vie des « bouretye ». Elle relève que ces derniers vivent dans la précarité, dans la promiscuité. En d’autres termes, ils mènent une vie de misère avec un faible revenu.

6) CATEGORIE " AUTRES ACTIVITES".

Cette catégorie englobe spécifiquement : un cireur de bottes (yon chany), une marchande ambulante de manioc (yon machann manyòk bouyi), et un marchand de canne à sucre épluchée (yon machann kann kalé).

Le revenu par jour de ces personnes est compris entre 150 et 400 gourdes pour une journée d’activités de 6 heures du matin jusqu’à 9 heures du soir ; la dépense maximale dans cette catégorie ne dépasse pas 150 gourdes. Le plus haut niveau académique de ces personnes est la quatrième année fondamentale. Ces travailleurs ont tous des enfants : quatre au plus et dépensent pour leurs progénitures, en termes de scolarité, entre 1 000 et 7 500 gourdes pour une année. Pourtant, ils ne reçoivent de l’aide de personne.

Concernant l’accès aux services sociaux de base, 50% d’entre eux ont répondu par oui pendant que l’autre 50% a répondu par non. Cependant, ils affirment qu’il faut de l’argent pour y avoir accès. Pendant leurs activités, ¾ d’entre eux nous ont confié qu’ils mangent une seule fois durant la journée, alors que l’autre personne mange deux fois.

7) Les travailleurs sexuels

Dans le cadre de la recherche sur les nouveaux et anciens visages du secteur informel, nous nous sommes également intéressés au secteur d’activité de la prostitution. En effet, nous acceptons que le marché du sexe ne constitue pas à proprement parler une activité économique et ne rentre pas dans la comptabilité nationale. Nous avons cependant jugé bon de nous pencher sur ce cas pour des raisons multiples. Tout d’abord, c’est un sujet de polémique dans la mesure où il tombe sous la censure de la pseudo-moralité en vigueur dans la société. Il se revèle important, à notre avis, d’engager des discussions sur ce sujet. Et nous avons cru que la meilleure mode d’introduction serait de l’étudier sinon dans son intégralité, au moins dans un espace limité du territoire national.

Il nous faut souligner aussi que nous avons découvert un aspect paradoxal de la prostitution. Cette activité nie la séparation chose/personne établie par le droit. Car, dans le procès de la prostitution, la prostituée est à la fois personne et chose, parce que marchande et marchandise en même temps. On pourrait même parler d’une chosification du corps plus aliénante que la vente de la simple force de travail à laquelle on assiste dans le travail salarié. Enfin, des raisons d’ordre académique et scientifique nous ont aussi poussés à considérer la prostitution. En effet, nul ne disconviendra que celle-ci constitue un pan de la réalité socio-économique et, en tant que telle, elle se taille sa place dans une recherche qui a l’ambition d’étudier les activités du secteur informel. D’ailleurs les résultats auxquels nous avons abouti nous font découvrir des pistes d’etudes qui doivent être nécessairement approfondies par des études ultérieures.

Les résultats de l’enquête montrent que les plus jeunes ont un revenu qui varie entre 1 000 et 2 000 gourdes/jour. Celui des plus âgées se situe entre 900 et 1 000 gourdes/jour. Les moins jeunes gagnent entre 500 et 3 000 gourdes/jour. Cela signifie que leur revenu est nettement supérieur au salaire minimum voté par le Parlement haïtien.

Les dépenses journalières des travailleuses sexuelles (prostituées) se situent entre 250 et 500 gourdes par jour. En termes de responsabilité, les enquêtées ont toutes déclaré avoir des enfants. Elles ont entre 2 et 6 enfants. En ce qui concerne leur niveau d’études, les plus âgées ont le niveau qui varie entre quatrième et seconde (secondaire) tandis que les jeunes et les moins jeunes le niveau préscolaire.

L’autre révélation de l’enquête, c’est que beaucoup de travailleuses sexuelles se sacrifient au profit de l’éducation de leurs enfants. Les plus jeunes n’effectuent pas de dépenses scolaires puisqu’elles sont assurées le plus souvent par d’autres personnes, spécialement le père des enfants tandis que les moins jeunes dépensent entre 9 000 et 13 500 gourdes l’an pour l’écolage de leur progéniture.. Les plus âgées dépensent beaucoup plus d’argent pour les frais scolaires, car elles ont de plus lourdes responsabilités. En termes d’aide, elles ne reçoivent que des préservatifs des ONG. En ce qui a trait à leur propre foyer, dans ces trois catégories, la promiscuité est de règle, variant de 3 à 5 personnes par pièce de maison.

Parmi les plus jeunes, les deux tiers vivent dans le loyer et paient annuellement un montant compris entre 10 000 et 17 500 gourdes. Parmi les moins jeunes, aucune enquêtée n’échappe au phénomène du loyer, chacune paie annuellement entre 30 000 et 60 000 gourdes. Parmi les plus âgées, on a enregistré cinquante pour cent de cas de loyer pour un paiement annuel de 75 000 gourdes.

Les prostituées ont peu d’accès aux servies sociaux de base. Soixante pour cent ne bénéficie d’aucun service social, alors que les quarante pour cent restants n’ont qu’un accès limité.

Généralement quand elles ont de l’argent, elles prennent 2 ou 3 repas par jour. Pour le loisir, l’argent dépensé varie entre 500 et 1 000 gourdes. Pour quelques-unes, parfois, ce sont leurs amies qui paient les frais.

Toutes ces travailleuses sexuelles ont été victimes d’agressions dans la réalisation de leurs activités, souvent d’agressions physiques. Dès fois, violemment battues et baignées de sang, elles ont dû cesser leurs activités momentanément. Le plus révoltant, selon elles, est l’absence de l’État ou sa passivité face à de tels actes.

Comme il a été mentionné au début, l’objectif de l’étude était de mieux montrer les nouveaux et anciens visages du secteur informel partant du postulat que le niveau salarial découlant de ces activités dépasse le salaire minimum légal voté par le Parlement haïtien, et les travailleurs qui réalisent ces activités mènent une vie de misère en même temps qu’ils ont de faibles revenus dans un contexte d’inflation comme facteur qui conditionne leur vulnérabilité économique et leur pauvreté.

Les données recueillies ont permis de confirmer de telles affirmations. En considérant les différentes activités, dans le cas des conducteurs de taxi-moto, l’étude a mis en évidence la présence exclusive des jeunes. Leurs bas revenus ne leur permettent pas de pourvoir à tous leurs besoins essentiels. Tel est aussi le cas pour les vendeurs de cartes de recharges et ceux de sachets d’eau ambulants et en détail.

Ces trois activités montrent de nouveaux visages du secteur informel qui conduisent ces jeunes à des situations économiques très précaires, face à l’incapacité de l’économie de générer des emplois stables et bien rémunérés.

Étudiants du cours de Sociologie de travail (session octobre2012-mars 2013), dispensé à la Faculté des Sciences Humaines (FASCH), sous la direction du professeur Fritz Pierre Joseph


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