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Les recommandations sur la dette externe d’Haïti

mardi 18 décembre 2012 par Bill

Le ministère de l’Economie et des Finances a clôturé, ce lundi 17 décembre, à l’hôtel Montana, un atelier national de 7 jours sur la stratégie de financement en Haïti. Les cadres du ministère sont parvenus à produire des recommandations sur les politiques de financement extérieur et intérieur, et sur le renforcement des capacités, entre autres, de la dette externe et interne, de la macroéconomie.

Ayant connu un allègement après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, la dette extérieure d’Haïti est évaluée aujourd’hui à environ 800 millions de dollars américains, dont 94% sont des dettes bilatérales, partagées entre Taïwan et le Venezuela. Ce dernier, à lui seul, consentit, selon un document distribué lors de la clôture de cet atelier national sur la stratégie de financement, 84% des dettes haïtiennes à travers, entre autres, le Petro Caribe. Les grandes institutions financières internationales ne consentent que 6% de la dette du pays (FMI, 5% et l’OPEC, 1% de la dette). Elles sont réticentes à l’octroi de nouveaux prêts à Haïti depuis l’annulation de la dette du pays après le séisme.

L’annulation de la dette extérieure d’Haïti avait été une mauvaise décision, selon le ministre a.i de l’Economie et des Finances. « Annuler la dette c’est bien, mais pouvoir payer sa dette, c’est encore mieux », a souligné Wilson Laleau, qui remplace Marie Carmelle Jean-Marie, en voyage au Vietnam.

Les cadres du MEF, accompagnés des experts du Centre des études monétaires latino-américain, ont produit, au cours de cet atelier, des recommandations au gouvernement sur la stratégie de financement à adopter en Haïti. Sur la politique de financement extérieur, ils recommandent que tout nouvel emprunt comporte un élément don d’un minimum de 35%. Selon eux, le gouvernement doit éviter toute garantie de dette du secteur privé et des entreprises publiques qui risquerait de nuire à la viabilité de la dette. Ils réclament aussi la transition des dons concessionnels à deux niveaux : la reclassification de niveau de risque de surendettement et la recherche de prêts concessionnels.

Sur la politique de financement intérieur, ils conseillent au gouvernement, dans le budget 2013-2014, augouvernement de procéder à l’émission de billets et certificats de trésorerie à court terme, qui seront utilisés pour les besoins de trésorerie et de politique monétaire. Dans le budget 2014-2015, le gouvernement lancera l’émission d’obligations à moyen terme (2 et 3 ans), dans une perspective de transition vers des instruments à long terme (5 à 10 ans) après 2016/17, en vue de financer des programmes de développement. Si l’analyse confirme sa faisabilité, une partie de ces émissions se fera sous forme de bons de la diaspora. Tout ceci devra permettre aux pouvoirs publics de réduire la dépendance des financements extérieurs et de développer les marchés financiers nationaux.

L’atelier indique également la voie à emprunter en vue de minimiser les risques de la dette. Les participants recommandent au gouvernement d’éviter les risques de taux d’intérêt en maintenant sa politique de n’emprunter qu’à des taux d’intérêt fixes, de réduire les risques de taux de change en assurant au maximum que la composition de la dette en devises étrangères reflète celle des réserves, et en remplaçant graduellement la dette extérieure par la dette intérieure. Le gouvernement devra également réduire les risques de la dette intérieure, de refinancement au moment de sa maturité, et de redéfinition des taux d’intérêt, en prolongeant graduellement sa maturité à 10 ans.

Cette stratégie élaborée lors de cet atelier ne représentera rien si les autorités ne l’adoptent pas. « Le succès de cette stratégie de financement dépendra de la volonté des autorités et de leur capacité à la mettre en œuvre et à en assurer le suivi », a fait remarquer le directeur général du MEF. Ils ont fait des recommandations pour bien implémenter cette stratégie.

Concernant la dette extérieure, ils recommandent de renforcer la Direction de la dette publique (DDP), avec la séparation des fonctions de Front, Middle et Back Office ; de renforcer la capacité de la DDP et de la Direction de la coopération externe du Ministère de la Planification et de la Coopération externe MPCE à identifier et analyser des sources de financement de développement, surtout les prêts concessionnels et semi-concessionnels, et les PPP ; de compléter la mise en place de SYSGEP et le rendre opérationnel, et renforcer la base de données de la dette du Sygade.

Pour la dette intérieure, ils conseillent de renforcer la capacité de la DDP et de la BRH à analyser le marché financier ; de rendre opérationnel le comité de pilotage pour assurer la coordination entre les acteurs intervenant sur le marché des titres publics ; de réaliser une analyse sur les perspectives d’émission des bons de la diaspora et autres produits financiers à plus long terme ; d’améliorer les capacités de gestion des flux de trésorerie et d’élaborer un plan annuel d’émissions.

Quant au volet macroéconomique, les participants à cet atelier de 7 jours ont également demandé aux autorités politiques, entre autres de disposer d’un modèle fonctionnel de prévision de moyen et long terme, intégrant l’impact sur l’emploi, la pauvreté et les inégalités ; de renforcer les capacités du MPCE en projections macroéconomiques de long terme ; d’intégrer la BRH au sous-comité de cadrage macroéconomique ; de renforcer les capacités du MPCE à prioriser et à chiffrer les coûts du PSDH.

Carlin Michel

michelcarlin@yahoo.fr @Miccarlin


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