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Les opportunités d’affaires dans le secteur agricole haïtien

mardi 10 mars 2015 par Bill

Mettre en place de vraies politiques publiques agricoles, financer le crédit agricole ont rarement été les priorités de l’Etat par le passé. Encore moins attirer des investissements [étrangers] dans ce secteur.

En témoigne ce passage du Plan triennal de relance agricole 2013-2016, document émanant du Ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR), qui constate que « l’enveloppe budgétaire allouée au secteur par l’État accuse un constant déclin durant les 15 dernières années pour, finalement, se réduire au taux de 5,3% du budget d’investissement du gouvernement en 2011 ».
Encore présentement, la bataille pour une meilleure enveloppe budgétaire est loin d’être gagnée. En effet, pour l’exercice 2014-2015, 7,49 milliards de gourdes, sur un total de 122,6 milliards de gourdes, ont été allouées au MARNDR.

Toutefois, un semblant de reprise en main du secteur, depuis peu, est observé. Avec notamment la création au sein du MARNDR de l’Unité de promotion des investissements (UPISA), l’octroi d’avantages incitatifs aux investisseurs tels que l’exonération de droits et taxes allant jusqu’à 15 ans, l’octroi de facilités d’accès à des terres de l’État, le renforcement du Centre de facilitation des investissements (CFI) et la redynamisation de la Commission Interministérielle des Investissements (CII) ainsi que la mise en place d’un programme d’appui à la création d’entreprises au ministère du Commerce et de l’Industrie.

Des informations émanant du cabinet du nouveau ministre de l’Agriculture, Fresner Dorcin, révèlent que, d’ici fin 2015, le MARNDR, grâce à l’approbation de 32 projets d’investissements privés, projette d’attirer 600 millions de dollars américains. Contrairement à fin 2013 et fin 2014, où 30 millions et 71 millions de dollars d’investissements privés ont été mobilisés.

Des entrepreneurs téméraires, à force de sueur et de nuits sans sommeil, sont en train de parier sur le secteur agricole. C’est le cas, entre autres, de Jovenel Moïse avec son projet Agritrans. La première zone franche agricole du pays qui va produire de la banane sur 1 000 hectares pour un investissement de 27 millions de dollars américains.

« Je ne cesserai jamais de le répéter, pour moi, le secteur agricole est le plus gros secteur en Haïti qui peut permettre aux gens de faire du business », a déclaré Fresner Dorcin au moment de parapher une convention d’établissement d’un important projet agro-industriel entre le MARNDR et la Société de développement des produits oléagineux (SODEPOL SA) et Huile de palme d’Haïti (HUPHASA SA).

A travers un investissement de 50 millions de dollars, ce projet va introduire et développer en Haïti, sur les 5 prochaines années, la plantation à grande échelle du palmier à huile sur une superficie de 4 000 hectares dans la zone du Plateau central.

Si l’agriculture familiale est encore pratiquée massivement sur le territoire national, le gouvernement, par ailleurs, ne cache pas ses ambitions de prioriser une agriculture commerciale. Apte, selon lui, à générer des emplois à haute échelle et à créer de la richesse. Car, l’agriculture, en tant que secteur, contribue à hauteur de 25% du produit intérieur brut (PIB).

De plus, le taux de croissance du secteur agricole et celui du PIB, depuis plusieurs années, affichent pratiquement la même tendance. Selon des données en provenance de l’Institut haïtien de statistique et d’informatique, la croissance de 2,8% du PIB enregistrée en 2014 a été causée par le déclin du secteur agricole qui, pour le précédent exercice, a subi une chute de 1,5% de sa valeur ajoutée, notamment pour les cultures céréalières et vivrières.

La taille de la population, estimée à plus de 10 millions d’habitants, dans ce cas-ci, peut être considérée comme un atout. En effet, elle se traduit par une forte demande intérieure : l’agriculture ne couvre que 45% des besoins alimentaires de la population. Selon des données de l’Administration générale des douanes (AGD), entre 2009 et 2013, Haïti a importé pour environ 800 millions de dollars de produits alimentaires.

Les œufs, les poulets de chair, le lait et les produits laitiers, la production de viande bovine, caprine et porcine, l’apiculture ainsi que les fruits de mer et les produits marins sont autant de filières en attente d’investissement et qui, à travers le territoire, connaît une demande interne sans cesse croissante.

« Nous avons une demande interne de plus de 400 millions d’œufs par an […] ; nous importons environ 30 000 TM de poulets de chair, pour une valeur de 30 millions de dollars ; nous importons 90 000 TM de lait et de produits laitiers pour une valeur de 50 millions de dollars », avait déclaré Fresner Dorcin, à l’époque secrétaire d’Etat à la Production végétale, lors d’un atelier organisé, en janvier dernier, à l’intention des investisseurs brésiliens.

Sans oublier la production d’intrants agricoles, particulièrement d’engrais chimiques, de semences de qualité (toutes espèces confondues), qui pourrait se convertir en de potentiels marchés.

Pourtant, fort de toutes ces opportunité susmentionnées, le secteur agricole haïtien demeure un secteur fragile. Les obstacles dans ce secteur sont légion. La sécurité foncière, le financement du crédit agricole et l’inexistence de produits d’assurances adaptés constituent, depuis des lustres, le talon d’Achille du secteur agricole qui l’empêche de prendre son envol.

Auteur : Patrick SAINT-PRE

sppatrick@lenouvelliste.com


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