Haiti Numérique - La revue des Affaires. Economie, Finances et Nouvelles technologies

Les maisons de transferts contraintes d’innover

jeudi 13 septembre 2012 par Bill

Des chiffres publiés par la Banque interaméricaine de développement (BID) montrent que le volume de transferts d’argent de la diaspora augmente d’année en année. De 1,971 milliard de dollars en 2010 le montant est passé à 2, 057 milliards en 2011. Pourtant, les maisons de transferts peinent à fonctionner sans diversifier régulièrement leurs services. Le secteur doit relever de nombreux défis, dont une modernisation faible du système de paiement et des frais d’exploitation élevés.

« Il ne se passe pas un mois sans que la Unitransfer ne lance un nouveau produit », a affirmé Adrien Castera, président du conseil d’administration de cette institutions, une filiale du Groupe financier national (GFN) qui opère aux Etats-Unis, au Canada, en France et dans les territoires français d’outre-mer. Pour M. Castera, son institution ressemble davantage à une entreprise qui fait affaire avec les immigrants qu’avec une maison de transferts proprement dite. La situation actuelle contraint les maisons de transferts qui se livrent à une concurrence sans merci à pratiquer des coûts assez bas.

Le vice-président exécutif de la Sogexpress, Franck Lanoix, qui partage les avis d’Adrien Castera, croit que la technologie pourrait jouer un grand rôle dans cette problématique liée au fonctionnement de l’économie haïtienne, à savoir le profil des clients et les lacunes affichées dans la modernisation du système de paiement. Et, pour l’économiste en chef de la Sogebank et P.D.G. de la Sogesol, Pierre-Marie Boisson, vouloir microgérer les clients des maisons de transferts, c’est ignorer la sociologie haïtienne et la typologie de la société, pour répondre à un intervenant qui avançait que les transferts doivent s’orienter davantage vers les investissements.

Même si les bureaux de transferts travaillent actuellement pour accoucher d’une solution avec les opérateurs téléphoniques pour dématérialiser la monnaie dans les transactions, le chemin à parcourir est encore long. Le niveau d’éducation des expéditeurs et des bénéficiaires de transferts pèse à la fois sur le volume et sur les facilités de livraison. Dans 99,9 % des cas le bénéficiaire opte pour encaisser de l’argent au comptant, a souligné Adrien Castera qui intervenait ce mercredi dans un panel sur les transferts d’argent.

Les fonds ne sont pas utilisés pour améliorer de manière substantielle la situation de l’économie. Certes, dans la balance des paiements ils jouent actuellement, grâce à leur valeur de plus en plus importante, un rôle de stabilisateur du taux de change. Et dans le budget des ménages, ils assurent le financement des dépenses telles le loyer, l’alimentation et l’écolage.

Mais économistes et financiers peinent encore à trouver la bonne formule pour orienter dans des activités rentables ces fonds destinés en général à des fins de consommation. Ils pourraient, par exemple, supporter les investissements dans la construction dont le marché est aujourd’hui des plus porteurs. Dans l’atelier « Mercredi des Réflexions », l’ex-ministre de l’Economie et des Finances, Henry Bazin, n’a pas émis cette idée sans reconnaître les défis qui peuvent empêcher sa concrétisation.

Les représentants de maisons de transferts sont unanimes à reconnaître que les coûts ne peuvent plus continuer à baisser sur le marché haïtien. L’un d’entre eux entrevoit même une saturation du marché. Les coûts moyens des transactions avoisinent les 4,5% de la somme à transférer. En 1999, les coûts pratiqués par les compagnies étaient de 11% pour le transfert vers les villes de province et 11% pour la zone métropolitaine de Port-au-Prince.

Dans près de la moitié des pays de l’Amérique latine et de la Caraïbe, les transferts d’argent représentent plus de 5% du PIB. Dans plusieurs pays, comme Haïti, Guyana, le Honduras, Salvador, le Nicaragua, le Guatemala et la Jamaïque, ces flux représentent plus de 10% du PIB national. Dans le cas d’Haïti ils représentent même 28% du PIB (contre 6% pour le voisin dominicain).

Dieudonné Joachim

Carl-Henry Cadet


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