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« Les Blancs sont responsables de nos malheurs »

vendredi 10 mai 2013 par Bill

Trois ans après le séisme, Port-au-Prince se retrouve sous la plume de deux reporters français : Eve Irvine et Alexandra Renard de France 24. Elles peignent la situation actuelle dans la capitale.

Publié ce jeudi 9 mai, le grand reportage de France 24 sur Port-au-Prince met en exergue une Haïti qui ne connaît que des changements modestes, trois ans après le séisme qui a ravagé la capitale haïtienne et certaines villes de province. « Les décombres ont enfin disparu. Le palais présidentiel a été rasé, le camp du Champ de Mars qui abritait des milliers de réfugiés sous des tentes de fortune aussi. Dans la capitale, ici et là, quelques projets de reconstruction immobilière sont lancés. Mais ils restent souvent au stade du balbutiement », ont constaté Eve Irvine et Alexandra Renard de France 24. Malgré ce constat, la situation sur le terrain reste encore très précaire.

Les ONG et les autorités étatiques ont pratiquement lâché les plus de 300 000 personnes qui vivent encore dans des conditions déplorables sous des tentes, rapporte France 24. « Le président Martelly n’a rien changé pour nous », se plaignent quelques-unes aux deux reporters. Dans leur misère, ces personnes s’en prennent aussi à l’international. « Les Blancs sont responsables de nos malheurs, a-t-on souvent entendu », disent les journalistes soulignant que les intellectuels haïtiens reprochent aux ONG et à Washington leur omniprésence pour si peu de résultats. Ces derniers contribuent, selon les intellectuels, à maintenir le pays dans un état de sous-développement car leurs interventions se concentrent principalement sur l’état d’urgence. Des affirmations qui ne contredisent pas le documentaire « Assistance mortelle » de Raoul Peck.

S’il reste encore plus de 300 000 personnes sous des tentes, d’autres qui occupaient des espaces plus visibles ont été déplacées pour être relogées dans des situations pas trop différentes. « Les reconstructions provisoires réalisées dans l’urgence sont devenues permanentes, donc, dangereuses. Beaucoup sont retournés vivre dans les ruines de leurs habitations estampillées d’une croix rouge qui devraient être démolies », rapportent les deux journalistes français.

L’économie va mal, affirment-ils. « J’ai effectué plusieurs séjours professionnels en Haïti. Difficile à chaque fois de me retrouver face à la grande pauvreté, et ce, malgré les dons financiers post-séisme considérables de la communauté internationale. Des dons utilisés principalement pour répondre à une urgence gigantesque : soins, eau, vivres, tentes pour plus d’un million de sans-abri. Mais l’urgence s’est installée dans le temps avec les différents fléaux qui ont suivi le tremblement de terre : choléra, cyclones, ouragans », écrit Alexandra Renard. Plus loin, elle ajoute : « Le prix des produits alimentaires de base est en constante augmentation. La plupart des Haïtiens diplômés ont fui le pays. L’exode de l’élite, aucune politique forte et une corruption latente ont eu raison des derniers espoirs pour relever la nation. »

« Haïti vit un enfer quand sa voisine ressemble au paradis »

Les deux journalistes semblent jeter un regard général sur l’île entière. Entre les deux voisins, l’écart se creuse sous les yeux des journalistes. La République dominicaine, qui vit essentiellement du tourisme, a reçu l’année dernière plus de 4 millions de visiteurs, or, Haïti n’a accueilli que les 350 000. Pourtant, selon eux, sur le papier, tout prédispose Haïti au même rêve paradisiaque que son voisin : un climat tropical, une température moyenne de 30 degrés Celsius, des lagons, des montagnes, une végétation luxuriante, une culture riche, joyeuse et généreuse, des sous-sols qui regorgent de ressources en matières premières, une population jeune et forte... « Mais depuis les années 1980, "la perle des Antilles" s’enfonce dans un long processus d’enlisement, malgré ses richesses abondantes », écrivent-elles.

Dans leur texte, les reporters décrivent ce qu’elles prétendent être les causes des malheurs haïtiennes. Despotisme, corruption, pauvreté, violence, séisme, choléra, cyclones... sont un ensemble de facteurs identifiés par les deux reporters, qui empêchent le pays d’être sur la même longueur d’onde que son voisin. « Car rien ne semble épargner ce bout d’île. Après chaque vague de malheurs, le pays souffre en silence », affirment-elles.

Il faut souligner que cet article fait partie d’un ensemble de grands reportages réalisés dans les pays récemment frappés par un désastre de grande ampleur dont Fukushima, ville de Japon, touchée par une catastrophe nucléaire qui a tué 19 000 personnes, et l’Irak, dix ans après la chute de Saddam Hussein.

Gérard Jeanty Junior & Carlin Michel


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