Haiti Numérique - La revue des Affaires. Economie, Finances et Nouvelles technologies

L’ethnologie en Haïti : entre production du savoir et construction sociale

mercredi 4 février 2015 par Bill

Vient de paraître aux éditions de l’Université d’État d’Haïti l’ouvrage collectif intitulé : « Production du savoir et construction sociale, l’ethnologie en Haïti », qui rassemble environ une dizaine de contributeurs sous la direction de l’enseignant et chercheur John Picard Byron.

Pour remonter aux sources de ce texte, il faut revenir sur le colloque « L’ethnologie et la construction de la nation politique, du peuple, du citoyen en Haïti », lancé du 15 au 18 février 2012, et qui s’inscrit dans le contexte de la reconstruction suite au séisme du 12 janvier 2010. Les ethnologues haïtiens furent invités à débattre sur la nation, le peuple et l’État. Quelques-unes des interventions sont publiées dans l’ouvrage où les contributeurs proposent de sillonner le champ ethnologique haïtien, le repenser avec des matériaux réflexifs nouveaux, avec d’autres catégories mentales.

Loin de vouloir jeter aux oubliettes Duverneau Trouillot, reconnu pour avoir été le premier à arpenter le vaudou dans sa portée ethnographique, Kate Ramsey participe à la mise en contexte de l’ouvrage de ce précurseur et auteur du titre « Esquisse ethnographique. Le vaudou : aperçu historique et évolutions », publié en 1885 en Haïti. Le sociologue Lewis Ampidu Clorméus, passant en revue les « études d’ethnologie des religions en Haïti », particulièrement du vaudou, répertorie tous ceux, outre Jean Price Mars, considérés comme les premiers à s’occuper de ce champ ou à porter un autre regard sur le vaudou. Il cite, entre autres, Demesvar Delorme, Antoine Innocent, Élie Lhérisson, Franck Lassègue.

Jhon Picard Byron souligne, de son côté, comment la pensée de Price Mars est liée à l’idée de reconstruction de la nation. Sollicitant Gramsci comme cadre réflexif, il montre que l’intérêt de Price Mars pour l’ethnologie est politique et stratégique. La deuxième partie, regroupant les contributions des spécialistes, analystes et figures de proue tels que Marianne Palisse, Schallum Pierre, Dimitri Béchacq, Françoise Simasotchi, insiste sur la postérité ainsi que les impacts de l’œuvre des pères fondateurs de l’école haïtienne d’ethnologie.

La troisième partie propose une analyse comparative des chefs-d’œuvre de Price Mars et Mario de Andrade. Maud Laëthier restitue les courants de l’anthropologie afro-américaniste. L’historienne Hebe Mattos, aidée de ses collègues Martha Abreu et Carolina Vianna Dantas, livre des réflexions sur le rôle des chercheurs dans la construction des politiques mémorielles, interrogeant les « relations entre le savoir historique, les lectures politiques du passé et la formation des mémoires collectives ».
Edelyn Dorismond, Jean Waddimir Gustinvil et Adler Camilus dessinent une nouvelle voie pour l’anthropologie haïtienne, proposent de nouvelles approches sur les thèmes de l’État et de la paysannerie.

Bibliographie imposante et étoffée, analyse minutieuse et soutenue, regard curieux posé sur le champ ethnologique, son évolution, ses déviations et interprétations dont il a été l’objet : voilà donc tout le mérite de ce livre qui n’approfondit pas pourtant tous les aspects ayant trait au développement de l’ethnologie en Haïti.

Auteur : Rosny Ladouceur

rosnyladouceur@lenouvelliste.com


Accueil | Plan du site | Contact | Statistiques du site | Visiteurs : 137 / 272714