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L’Etat haïtien s’accorde 5 années pour sa réforme

jeudi 29 novembre 2012 par Bill

L’Etat haïtien veut enclencher sa propre réforme à travers un « Programme-cadre de réforme de l’Etat ». Cet instrument doit permettre de concrétiser la réforme administrative et la décentralisation durant la période 2012-2017. Bien des obstacles sont dressés sur le chemin qui mène à l’efficacité, à la déconcentration, à une meilleure gestion des ressources, à la bonne gouvernance...

L’Etat haïtien veut poser les bases d’une réforme mille fois annoncée sans accoucher de résultats palpables. Même avec l’aide des bailleurs, la volonté politique et une stratégie éprouvée, cette réforme prendra cinq à dix années pour devenir visible, selon les acteurs impliqués dans la mise en œuvre de cette réforme lancée, ce mercredi, sous les projecteurs, à l’hôtel Montana, par le Premier ministre, Laurent Salvador Lamothe. Les autorités se donnent cinq années pour appliquer un plan et améliorer les services offerts à la population.

Cadres de la fonction publique, partenaires techniques et financiers espèrent réaliser cette fois le bon départ pour concrétiser étape par étape cette réforme tant attendue pour sortir le pays de la concentration des services, de la centralisation à outrance et de la mauvaise gestion des ressources de l’Etat. Le Forum national sur la réforme de l’Etat, organisé par l’Office de management et des ressources humaines (OMRH), se tient du 28 au 30 novembre 2012, autour du thème : « Une administration publique moderne et efficace au service de la population. »

Les difficultés sur la route de cette réforme sont connues. Le Premier ministre Laurent Salvador Lamothe a souligné entre autres, la sous-administration : « La fonction publique haïtienne ne comprend que 67 000 agents pour près de 10 millions d’habitants. En République dominicaine, l’Etat emploie 450 000 fonctionnaires pour une population quasi-similaire. » Le chef du gouvernement a calculé qu’il faudrait multiplier le nombre des agents fonctionnaires haïtiens par plus de 6 pour s’approcher du niveau de l’Etat voisin. Aussi appelle-t-il à la collaboration des différents secteurs de la vie nationale pour inverser la tendance.

« J’ai souhaité que ce projet de réforme de l’Etat soit précédé d’une large consultation des principaux acteurs, dont vous faites partie, avant d’être lancé. Cette période préalable de concertation est indispensable pour recueillir vos remarques et propositions et enrichir le projet », a déclaré le chef du gouvernement haïtien en précisant qu’en juillet dernier, dans une lettre de mission, il a confié au coordonnateur général de l’OMRH- organe de coordination stratégique du bureau du Premier ministre- le soin de piloter cette réforme et d’en assurer le suivi avec ses services.

Le représentant des bailleurs, João de Santana, a exprimé bien des préoccupations. Ses attentes sont nombreuses dans le cadre de la réalisation de cette réforme envisagée comme un parcours de longue haleine. João de Santana confie que les bailleurs ont choisi d’accompagner les autorités haïtiennes de manière coordonnée et structurée. « Ils considèrent aussi qu’une réforme de cette envergure ne se fait pas n’importe comment. […] Un certain nombre de conditions préalables devraient être réunies pour que la réforme ait des chances de réussir, d’aboutir et de s’inscrire dans la pérennité de l’administration ».

La réforme de l’Etat, fait remarquer João de Santana, est un processus continu. Selon lui, il est nécessaire que la structure en charge du pilotage s’inscrive dans la durée et s’intègre pleinement dans l’appareil de l’Etat. « Elle pourrait évoluer vers une structure plus complexe. La volonté politique des acteurs, y compris celle du Parlement, est essentielle », a souligné le diplomate de l’Union européenne à Port-au-Prince en insistant sur le leadership des autorités haïtiennes. Il a indiqué que le budget de la réforme doit être inscrit dans la loi de finances de la République aussi bien pour l’investissement que pour le fonctionnement.

La réforme administrative en Haïti est un dossier récurrent vu que plusieurs tentatives n’ont pas abouti. Le coordonnateur de l’OMRH, Uder Antoine, admet que les résultats mitigés obtenus par le passé et les retards accumulés risqueraient de porter à la prudence les partenaires techniques et financiers.

Cependant, il souligne deux éléments majeurs nouveaux : « la volonté politique affirmée au plus haut niveau de l’autorité de l’Etat et la démarche participative qui associe les fonctionnaires et les usagers à la dynamique de préparation et de mise œuvre du programme cadre. « La participation de tous les acteurs clés est indispensable pour que cette réforme soit une réalité, voire un succès », a insisté Uder Antoine.

La réforme de l’Etat est une nécessité qui saute aux yeux. Mais comme le reconnaissent les différents acteurs concernés par la mise en œuvre, les précédentes tentatives comme celles de 1996 portant création de la Commission nationale pour la réforme administrative (CNRA) n’ont pas été totalement vaines. Les bailleurs se sont montrés assez préoccupés pour ne pas lancer par la fenêtre plus de huit millions de dollars américains sur les 9 355 500 dollars que coûtera le projet au total.

Dieudonné Joachim

djoachim@lenouvelliste.com


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