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INUQUA change d’adresse, de nom et se renforce

mercredi 4 février 2015 par Bill

L’Institut universitaire Quisqueya Amérique (INUQUA) n’a enregistré aucune perte en vies humaines lors du séisme du 12 janvier 2010, mais son imposant bâtiment sis à la rue O a été fortement endommagé. C’est avec la moitié de ses 3 500 étudiants qu’il a repris ses activités en avril 2010 dans un nouveau local au boulevard 15 octobre (Tabarre). Cinq ans après, la première institution universitaire qui a enseigné les sciences informatiques en Haïti se renforce pour devenir « une université moderne de standard international ».

Contrairement à beaucoup d’institutions d’enseignement supérieur du pays qui ont été rasées par le tremblement de terre du 12 janvier, l’INUQUA n’a pas subi de gros dommages. Son bâtiment de sept étages a été fissuré tandis que tous les étudiants, les professeurs et le personnel administratif s’en sont sortis sains et saufs, sans une égratignure. Une chance ? « C’était une grâce de Dieu, lance tout de go le recteur de l’INUQUA, Anténor Gabaud lors d’une entrevue accordée au Nouvelliste. L’INUQUA est une université protestante évangélique. Dieu nous a fait grâce. C’est pourquoi nous n’avons pas eu de perte en vie humaine », croit dur comme fer le sociologue et spécialiste en développement.

Mais pour reprendre les cours, trois mois après la catastrophe, il a fallu abandonner l’immeuble fissuré situé à la rue O pour s’installer sur un vaste domaine de quelque 44 000 mètres carrés à Tabarre. « Nous avons repris les activités académiques en avril 2010 sous des tentes avec 1700 étudiants alors que notre effectif était de 3 500 étudiants avant le séisme, explique le recteur. Mais depuis 2011, grâce à deux institutions [financières] – le Fonds de développement industriel (FDI) et la Sogebank – qui nous ont octroyé des prêts, nous avons érigé des hangars pour mieux recevoir nos étudiants. Notre effectif n’a pas mis du temps à s’accroître… Pour l’exercice en cours, nous avons entre 3000 et 5000 étudiants. »

Le bâtiment de la rue O a été réparé et mis en vente. Selon le professeur Gabaud, l’argent sera investi dans la construction du campus universitaire sur le site de Tabarre. Pendant que les étudiants suivent leurs cours dans des hangars, on peut constater le début des travaux de construction sur le site. « Nous sommes en train de construire notre premier bâtiment définitif, affirme Anténor Gabaud. Ce sera le pavillon des facultés qui comprendra une centaine de salles de cours. Ensuite, nous allons construire notre auditorium, puis le pavillon de l’administration générale. »

L’INUQUA devient « Université INUKA »

Parce que le public des affaires a toujours tendance à le confondre avec l’UNIQ (Université Quisqueya), l’INUQUA a modifié son nom pour devenir « Université INUKA », explique le recteur exhibant une lettre du ministère de l’Education nationale, datant du 19 janvier 2015, l’autorisant à changer de nom. « De plus, poursuit M. Gabaud, quand l’université était sous l’appellation de « INUQUA », nous fonctionnions à la manière d’une faculté privée. Maintenant, nous ne sommes plus une faculté mais une université à part entière. Nous avons actuellement cinq facultés (…) », confie-t-il, notant que trois de ces facultés fonctionnent actuellement tandis que les deux autres (celle des sciences médicales et paramédicales et celle des sciences agricoles et expérimentales) seront ouvertes bientôt.

Par ailleurs, le recteur Gabaud pense qu’il est important pour son institution d’avoir d’abord son propre hôpital universitaire avant de penser à ouvrir une faculté de médecine. Ce, d’après lui, afin d’éviter le problème auquel sont confrontés actuellement les étudiants en médecine des autres universités privées. « Nos étudiants en médecine n’auront pas à manifester dans les rues pour réclamer des stages dans les hôpitaux publics du pays », avance-t-il.

Se réjouissant du parcours de son institution depuis sa fondation en 1988 à nos jours, le recteur indique que l’INUKA dispose actuellement de trois programmes de formation. Un programme de formation graduée qui possède neuf départements d’études, un programme de formation continue et un programme de formation post graduée…

Dans le souci d’offrir « une formation de qualité et de standard international », Anténor Gabaud fait savoir que l’institut a établi un partenariat depuis 1993 avec des universités étrangères pour l’équivalence des diplômes à l’étranger. « Nous avons un partenariat payant avec l’Université Québec à Montréal (UQAM) et avec l’Université de Bordeaux (Bordeaux IV) en France, renchérit-il. Les professeurs de l’UQAM encadrent nos étudiants finissants et délivrent un certificat à ceux qui préparent leur projet de sortie. Nos étudiants obtiennent ainsi deux papiers, le nôtre et celui d’une université étrangère. Ce qui leur permet d’être très compétitifs sur le marché du travail… »

Pour faciliter les cours avec les professeurs étrangers lorsque ces derniers ne peuvent entrer au pays, l’institut universitaire a mis en place un système de visio-conférence en 2004. « Le système a été détérioré par le séisme. Mais, grâce à une aide de l’Agence universitaire de la francophonie dont nous sommes membres, nous l’avons pu remettre sur pied », explique le professeur Gabaud. Et de s’enorgueillir : « L’INUKA est la première université haïtienne qui a mis sur pied en 2004 un programme de formation à distance Haïti-Canada. C’est aussi l’unique université en Haïti qui possède un système de visio-conférence jusqu’en 2011 avant l’installation des campus numériques de l’AUF dans les universités membres. »

L’INUKA, poursuit le recteur, c’est aussi la première institution universitaire qui a introduit un enseignement universitaire en sciences informatiques en Haïti. « Avant il existait des écoles d’informatique qui dispensaient une formation en informatique pour une durée ne s’échelonnant pas plus d’une année, se rappelle-t-il. Nous sommes venus avec un enseignement sur quatre ans calqué sur le curriculum nord-américain et européen. L’INUKA a fait école. Maintenant, presque toutes les universités du pays possèdent un département de formation en sciences informatiques. Et ce qui nous rend fiers c’est que ce sont les anciens étudiants de l’INUKA qui sont professeurs dans ces universités-là. »

La recherche scientifique

Selon le recteur, la recherche scientifique constitue un élément important pour l’INUKA, soulignant que celui-ci figure parmi les trois premières universités du pays qui font de la recherche scientifique, (à savoir l’UNIQ, l’Université Notre Dame et l’Université INUKA). « Au niveau de notre Centre de recherche et de perfectionnement en technologie de l’information (CRPTI), dit-il, nous venons de mettre sur pied un logiciel de gestion scolaire baptisé Educasoft. c’est un logiciel de gestion des activités pédagogiques administratives et financières des écoles et universités. C’est un logiciel complet qui peut permettre notamment de mettre en réseau toutes les écoles du pays avec le MENFP. Nous avons également un Programme expérimental de développement économique local (PEDEL) localisé dans trois chefs-lieux de département du pays : Gonaïves, Les Cayes et Jérémie… »

Auteur : Bertrand Mercéus

mbertrand@lenouvelliste.com


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