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Haïti en crise, les investissements étrangers en berne

samedi 31 janvier 2015 par Bill

L’investissement direct étranger (IDE) dans le monde a diminué l’an dernier de 8%, a affirmé la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED). Cette chute est encore plus brutale dans la sous-région Amérique latine et Caraïbe (19%). Au moment où Haïti doit attirer le maximum d’investissements directs, des nuages assombrissent son ciel. Et qui pis est, les spécialistes du domaine ne ressentent pas la volonté affirmée par les autorités de sortir de cette impasse.

Haïti n’a pas le profil pour attirer les investissements directs étrangers alors que les autorités ne cessent de battre la grosse caisse en déclarant que le pays est ouvert aux affaires. La politique a le dessus. Une crise préélectorale est en train de ronger le pays où le Parlement n’arrive pas à voter des lois pour faire prospérer les affaires. La loi sur l’exploitation des mines pourrit encore dans les tiroirs au même titre que celle sur le commerce électronique. Comment créer des emplois décents et extraire des millions de gens des griffes de la pauvreté ? Pas de formule magique. Ici comme ailleurs.


En 2013, Haïti a capté 279 millions de dollars en ce qui a trait aux IDE. Durant la même période, la République dominicaine a totalisé 3,6 milliards de dollars. Autant dire, la crise politique qui perdure va faire perdre au pays de précieux points dans les classements internationaux. « L’incertitude politique a fortement pénalisé le monde des affaires. Haïti se positionne très mal pour attirer des investissements », a déclaré l’économiste Kesner Pharel, persuadé que la chute des investissements directs étrangers en Amérique latine est due au ralentissement de l’économie chinoise.

Un spécialiste du secteur ayant requis l’anonymat a fait savoir au Nouvelliste que le pays est trop en marge du reste du monde pour attirer des flux importants d’investissements. Le cas de la République dominicaine, membre des APE, de Cafta, et bien d’autres structures d’intégration, est un exemple. La dynamique chez les voisins leur a permis d’enregistrer de bons résultats. L’IDE d’Haïti est faible au regard des autres pays de la région. Haïti, dit-il, ne s’implique pas dans l’intégration du monde pour faire prospérer les échanges.

Les flux entrants d’IDE ont atteint 1260 milliards de dollars en 2014, contre 1363 milliards en 2013. C’est le second niveau le plus bas depuis la crise financière mondiale, après 2009. En 2007, avant la crise, l’IDE s’était élevé à 1911 milliards, a précisé l’agence de l’ONU dans un rapport publié le jeudi 29 janvier 2015.

Et, paraît-il, les perspectives ne sont pas des plus réjouissantes aux yeux des spécialistes, « une croissance solide de l’investissement étranger reste lointaine. Les multinationales ne sont pas encore dans un climat expansionniste et les nouveaux investissements manquent dans le secteur productif », a commenté James Zhan, directeur de la division de l’investissement et des entreprises à la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED).

L’IDE vers l’Amérique latine a diminué de 19% à 153 milliards, après quatre années de hausse continue. Des investissements réduits dans l’industrie minière et un déclin de 52% au Mexique en sont les raisons principales. Des pays comme le Brésil ou le Chili qui commercent avec la Chine ont dû payer les prix du ralentissement enregistré en Chine.

Plus généralement, les flux vers l’Asie ont augmenté : une estimation préliminaire montre une hausse de 15% pour un ensemble de 40 pays de la région, à un record historique de 492 milliards. L’IDE en Inde a augmenté de 26% à 35 milliards. La CNUCED s’attend à la poursuite de la croissance de l’IDE en Chine cette année, grâce à une libéralisation de sa réglementation.

Les flux vers le Moyen-Orient ont continué de baisser à 44 milliards (-4%), à cause de l’insécurité dans la région. L’IDE a diminué de 3% vers l’Afrique, à 55 milliards, surtout à cause de l’instabilité en Afrique du Nord, en particulier en Libye.

Pour 2015, la CNUCED est très prudente. « Il y a beaucoup d’incertitudes, de risques géopolitiques, de changements macroéconomiques », a affirmé James Zhan. La fragilité de l’économie mondiale, la volatilité des monnaies, l’instabilité politique, le ralentissement de la croissance de certains pays émergents risquent de dissuader les investisseurs. Et s’il faut ajouter la chute accélérée du prix du pétrole, ses conséquences sur le transport et dans la production industrielle, les dirigeants haïtiens doivent faire preuve d’innovation.

AUTEUR : Dieudonné Joachim


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