Haiti Numérique - La revue des Affaires. Economie, Finances et Nouvelles technologies

Haïti : Perle d’opportunités, par Douglas Clayton, Leopard Capital Group

mercredi 23 janvier 2013 par Bill

Tandis que des milliards de dollars d’aide étrangère se déversent sur "la Perle des Antilles" pour y réinstaurer la croissance économique, le PDG et fondateur de la société de capital-risque Leopard Capital explique pourquoi il croit qu’Haïti est prête pour une longue periode de croissance et pourquoi des opportunités avantageuses d’investissements y abondent.

« In crisis lies opportunity - Dans la crise réside l’opportunité, rappelle un vieux proverbe chinois. En ce qui concerne Haiti, tous s’accordent sur la crise : On a vu les images et lu les récits de la pauvreté criante, du tremblement de terre dévastateur, des refugiés sous les tentes, des sans-abris et de l’épidémie de choléra. Une industrie bien orchestrée par des organisations non gouvernementales (les ONG) met docilement en vitrine les chagrins d’Haïti, tant désireux qu’ils sont d’abreuver le flux de donation que génèrent leurs bureaucraties. Haïti inspire plus l’intrigue que la tragédie, mais c’est le coté pathétique qui domine la perception de l’international.

D’un autre coté, à cause du nombre limité de ses porte-parole, l’opportunité que présente Haïti aujourd’hui n’a guère de couverture médiatique. La plupart des investisseurs globaux considèrent que la région des Caraïbes est trop petite et trop fragmentée pour en valoir la peine ; en tant que pays le moins avancé de la région, Haïti se situe plus loin encore sur leur radar. En fait, on a toujours tendance à penser qu’Haiti ayant été pendant longtemps un état non-performant économiquement va probablement le rester à jamais. Ce point de vue simpliste et statique sur le développement est réfuté par de nombreux pays à faible revenu en Asie, en Afrique et en Amérique Latine qui, tranquillement, ont transformés leur économie, de la maladie à la bonne santé. Les situations évoluent et ceci souvent sans que l’observateur inattentif ne s’en aperçoive.

Le moment est venu de prendre un risque : Nous croyons que du plus profond de l’abime, Haiti est entré dans une phase de croissance économique qui pourrait durer des décennies. Les pessimistes en douteront alors qu’en fait aucun d’eux ne prédira que la détérioration va continuer ; d’ailleurs, la tendance est déjà au plat.

Si notre évaluation positive de la situation est correcte, Haiti est en ce moment même une des destinations d’investissement les plus intéressantes de l’Hémisphère Occidental et les investisseurs d’avant-garde seront richement récompensés. Les défis d’Haïti ne sont pas des secrets d’état et sont incorporés dans le prix des biens locaux. « Soyez gourmands quand les autres sont craintifs, conseille Warren Buffet. Si vous ne croyez pas que cette forme de gourmandise est bénéfique, rappelez-vous simplement qu’un investissement créateur d’emplois dans un pays au taux de chômage de 60% pourrait bien être le cadeau qui ne cesse de fructifier.

En plaçant notre argent là où va notre parole, mes collègues et moi avons récemment lancé le premier fonds de capital-risque à caractère commercial en Haïti, une réplique du modèle que nous avons lancé, il y a cinq ans, au Cambodge - une autre petite « République ONG » qui aujourd’hui fait taire les sceptiques grâce au dynamisme de son économie.

L’économie d’Haïti a pataugé pendant des décennies, alors pourquoi cet optimisme aujourd’hui ? En mobilisant un engagement international de 10 milliards de dollars pour venir en aide à 10 millions de personnes dans une économie de 7 milliards de dollars, le tremblement de terre de Janvier 2010 a créé un point d’inflexion économique. Il s’agit d’un stimulus considérable. Il est vrai que beaucoup de cet argent n’a pas encore été décaissé et que, de qui a été décaissé, beaucoup a été gaspillé. Malgré cela, un flot suffisant de ces fonds à l’économie Haïtienne a pu générer une croissance de 5,6 % du PIB (Produit Intérieur Brut) en 2011 - le taux de croissance le plus élevé de la région. « Redresser » Haïti est devenu une préoccupation majeure de la politique étrangère des pays riches qui ont les moyens de faire la différence. Et les donateurs souverains semblent aujourd’hui s’être mis d’accord pour reconnaître que le redressement du secteur privé haïtien est fondamental pour celui du pays.

Le gouvernement d’Haïti, qui partage cette opinion, a changé d’orientation : il accorde la priorité à la recherche d’investissements étrangers sur celle de l’assistance internationale. Ses ambassadeurs à l’étranger se sont transformés en promoteurs d’investissement. Le secteur privé haïtien est aussi à bord, avec cette même stratégie. En plus d’avoir causé de lourdes pertes en vies humaines, le tremblement de terre de 2010 a détruit de nombreuses entreprises, mettant en déroute leurs clients, détruisant immeubles et équipements, et entrepôts remplis de marchandises : des boîtes de t-shirts aux tonneaux de Rhum Barbancourt. Pour aggraver les choses, certains des assureurs locaux ont disparu et nombre de réclamations sont restées impayées. Avec tant d’entreprises décapitalisées, il n’est pas surprenant que les investisseurs étrangers soient reçus avec la meilleure hospitalité haïtienne.

Principaux bailleurs de fonds d’Haïti, les Etats-Unis font un effort majeur pour relancer l’industrie du textile et pourvoir des emplois à la main-d’œuvre du pays. Les Etats-Unis ont accordé une franchise aux produits des usines de vêtements en Haïti et l’USAID a financé le projet du Parc industriel du Nord qui pourra accueillir jusqu’à 50 000 travailleurs. Pour Haïti, un investissement à cette échelle est sans précédent - le coût, 300 millions de dollars, de ce seul grand projet dépasse la totalité des investissements étrangers en Haiti de 2007 à 2010. Les investisseurs n’ont besoin que de suivre l’exemple et financer les activités de soutien qui seront créées autour de la zone industrielle, tels le logement et les services médicaux.

Le secteur du tourisme en Haïti se prépare de même pour l’investissement. « La Perle des Antilles », longtemps oubliée, offre encore l’une des destinations les plus spectaculaires de la Caraïbe, avec un littoral aussi long que la côte Pacifique des USA, parsemé de plages tropicales et paradisiaques surplombées de montagnes escarpées, dignes d’un livre de contes. Les visiteurs peuvent profiter de l’art unique d’Haïti, des saveurs de sa musique, ses danses, sa cuisine et sa langue. La campagne haïtienne est parsemée de forts et de petites villes historiques de l’époque coloniale. Et pourtant, malgré tous ses charmes visuels et décalés, Haïti n’attire chaque année seulement qu’une poignée de touristes d’agrément contre plusieurs millions dans la République dominicaine voisine.

Cela pourrait bien changer … rapidement. Le plan directeur du Ministère du Tourisme prévoit la construction de 3 000 nouvelles chambres d’hôtel dans les trois années à venir. Plusieurs projets d’hôtel importants sont en train d’être réalisés à Port-au-Prince. À l’extérieur de la capitale, la priorité absolue a été donnée à la reconstitution de la ville côtière historique de Jacmel. Le Venezuela a fait don de 40 millions de dollars pour y étendre la piste d’atterrissage et doter la ville d’un aéroport international, et pour transformer le quartier original du bord de mer en zone touristique. L’atmosphère de Jacmel, son architecture, ses artisans et ses festivals en font une destination favorite de célébrités internationales, comme Donna Karan et Maria Bello. Les prix de l’immobilier sont encore bas et ne manqueront pas de grimper dès que le nouvel aéroport permettra aux étrangers d’arriver directement par avion. L’investisseur ne saurait donc manquer de visiter rapidement la prochaine destination à la mode des Caraïbes.

Une troisième opportunité réside dans le secteur de transformation des aliments. Haïti produit des mangues, du café et du cacao qui sont délicieux, mais le volume d’exportation de ces produits devrait largement augmenter. Les Etats-Unis proches disposent d’un marché de 1,2 million d’Américains d’origine haïtienne qui demeurent attachés à leur patrie et auxquels manquent de nombreux produits haïtiens, sans parler de tous les autres Américains qui sont des acheteurs potentiels de produits haïtiens. Un investisseur peut combler cet écart entre offre et demande en investissant dans un processus plus efficace de collecte, de stockage et de traitement agro-industriel. Il suffit pour cela de reproduire ce que de nombreux autres pays de la Caraïbe et de l’Amérique centrale ont déjà réussi.

Haïti est une terre qui regorge d’opportunités. Faites-en l’expérience - et n’oubliez pas votre chéquier !

Source : The Caribbean Property Investor Traduit de l’anglais par Samanda Leroy


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