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Grégory Mevs et le long chemin vers les investissements

jeudi 13 juin 2013 par Bill

Grégory Mevs a la tâche de conduire au jour le jour l’action du Conseil consultatif présidentiel sur le Développement économique et l’Investissement, il retrace le parcours et les ambitions de cette institution transversale.

Le Nouvelliste : Le Conseil consultatif présidentiel sur le Développement économique et l’Investissement, CCPDEI/PACEGI multiplie les voyages et les prises de contacts, pouvez-vous nous faire un bilan de vos actions ces derniers mois ?

Grégory Mevs  : Premièrement, permettez-moi tout d’abord de remettre en contexte la création du CCPDEI et son mandat. Après tant d’années de troubles politiques et économiques et suite au tremblement de terre, la nation tout entière s’est exprimée sur la nécessité de nouvelles politiques visant la création massive d’emplois durables et dignes, et la reconstruction de notre tissu économique. Pour ce faire, il faut transformer notre modèle tout humanitaire en modelé de développement économique durable. Haïti s’est donc inspirée d’autres nations, telles que Singapour, le Rwanda, les Philippines, ou encore le Mozambique, en s’entourant de personnalités politiques de renommée internationale, de capitaines d’industries, de financiers et même d’un prix Nobel de la paix, ainsi que des personnalités haïtiennes fort respectées réunies autour d’un Conseil consultatif présidentiel, dans le but d’aider la nation à articuler les axes stratégiques de son développement économique. C’est dans ce contexte, et habité de cette responsabilité que j’ai accepté de servir ma nation à la demande du président Martelly aumême titre et aux côtés du président Clinton.

C’est un fait que la promotion d’une nouvelle image d’Haïti et l’attraction d’investissements jugés stratégiques font partie du mandat du CCPDEI et requièrent une présence à l’internationale non négligeable. L’image d’Haïti ne s’est pas dégradée en un jour. Cela fait trop longtemps qu’elle plonge aux yeux de l’opinion publique internationale. Bâtir une nouvelle image d’Haïti est possible mais cela demande des efforts continus.

Par ailleurs, chaque déplacement a un objectif bien précis, soit pour accompagner le président ou le Premier ministre dans le cadre d’une visite officielle ou encore pour représenter Haïti lors des grands rendez-vous autour de thèmes économiques, commerciaux ou d’investissement. Il est évident que les investisseurs internationaux sont particulièrement sensibles aux avis des investisseurs locaux dont le témoignage peut faire la différence dans la prise de décision.

Après neuf mois à la co-présidence du CCPDEI, je tire le bilan préliminaire suivant :

Pour faire aboutir les investissements en Haïti, il est absolument fondamental d’engager des réformes structurelles et sectorielles plus en phase avec les normes internationales, et capables de concurrencer d’autres nations dans l’attraction de ces investissements. L’investissement répond à des fondamentaux, tels que ceux de la compétitivité, de règles de jeux claires et d’un cadre juridique, sectoriel et règlementaire en phase avec les réalités du marché et des normes internationales. Dans ce sens, nous avons beaucoup de retard à rattraper par rapport à d’autres pays de la région. Cependant, il y a du progrès. Le gouvernement, la société civile, les cadres de l’administration publique, les forces économiques de la nation, la classe politique sont aujourd’hui prêts à s’engager à faire des réformes nécessaires pour faire croitre de façon adéquate l’économie pour des retombées bénéfiques à toute la nation haïtienne.

A titre d’exemple, on ne peut pas créer l’investissement avec un coût de 40 centimes/KWH (parmi les plus chers au monde). Le secteur énergétique représente l’un des principaux défis de notre économie. La vétusté de nos réseaux, le coût prohibitif du kWh, requièrent des investissements se chiffrant en milliards de dollars. Les dons promis par les partenaires bilatéraux ou multilatéraux ne suffiront pas au plus de 2 milliards et demi de dollars que les rapports d’experts disent nécessaires à viabiliser le secteur. Haïti n’ayant pas la capacité d’emprunter suite aux accords de radiation de la dette haïtienne par le Club de Paris, il faudra compter sur l’investissement privé dans un cadre de partenariat public-privé.

Par ailleurs, Haïti était dans les années 30 à plus de 60% de couverture végétale, en 84, on est tombée à 19%, aujourd’hui on est à moins de 2%. Les investisseurs hésitent à venir dans un pays où une simple pluie peut éliminer 4% du PIB. Résoudre ce problème est une urgence environnementale, une nécessité économique. Une politique nationale d’énergie alternative et de couverture universelle du propane des foyers a été recommandée. Il est aussi important de créer des emplois à travers des exploitations commerciales forestières. Ce train de mesure, selon les études, peut réduire jusqu’à plus de $100 dollars par an sur les coûts du panier de la ménagère. Nous travaillons également en tandem avec le secteur privé et les institutions étatiques pour un train de mesures qui permettrait à la loi HELP de remplir son objectif de création de 200 000 emplois. Or nous n’avons pu créer que 7500 emplois ces trois dernières années dans le secteur textile. Il faut travailler ensemble pour apporter les rectificatifs pour atteindre cet objectif. Nous avons formulé des politiques publiques et suggérer des trains de mesures importantes comme le renforcement du droit de la propriété, les incitations à l’investissement sur l’immobilier pour répondre aux déficits de 40 000 maisons pour la classe moyenne et 600 000 pour les classes les moins aisées dans le cadre de notre mandat. Il faut mobiliser le secteur privé et son épargne dans ce domaine à fort potentiel de création d’emplois. Beaucoup d’autres chantiers sont en cours et le produit de nos efforts est régulièrement communiqué au pouvoir public.

Ainsi toutes ces initiatives sont sollicitées par l’exécutif et se font en collaboration avec les ministères, les organismes concernés. Le CCPDEI, par définition, est là pour être un espace d’appui, de concertation et de formulation de proposition de politique publique portant sur l’investissement et la croissance économique.

Le Nouvelliste : Haïti sera le siège d’une grande réunion d’investisseurs, comment se prépare un tel sommet et quelles sont les attentes pour le pays hôte ?

G.M. : Haïti s’est distinguée ces derniers mois par l’organisation de grandes conférences de dimension internationale, comme le furent le sommet de la CARICOM et celui de L’AEC. Le CCPDEI directement organise une réunion annuelle de ses membres à New York en septembre, et doit tenir une réunion semi annuelle en Haïti, dont la date est encore à déterminer. Par ailleurs, et après bientôt deux ans depuis la dernière conférence sur l’investissement organisée par la BID, nous estimons que le moment est propice pour de nouvelles conférences internationales autour des opportunités d’investissement en Haïti, avant la fin de l’année. Elles doivent être mieux ciblées, plus efficaces, mieux organisées par filières ou par marchés/régions. Ces conférences doivent s’organiser de concert avec le secteur privé, le CFI, ainsi que les ministères concernés. Nous devons sous peu avoir une réunion avec les diverses institutions concernées pour en définir les objectifs, la date et les grands axes de promotion.

Le Nouvelliste  : Le CCPDEI a été au Brésil récemment avec le Premier ministre que peut attendre Haïti en terme d’investissement de ce pays ?

G. M. : Tout d’abord le contexte : cette visite au Brésil était absolument nécessaire. Tout d’abord, parce que le Brésil est la puissance émergente par excellence. Seul pays du bloc BRIC (Brésil, Russie, Inde Chine) dans notre hémisphère, Le Brésil est non seulement membre du G20, mais aujourd’hui la 6eme puissance économique mondiale, et la principale de notre hémisphère sud. Sa présence en Haïti est particulièrement importante depuis bientôt 10 ans, puisque les contingents de la MINUSTAH sont placés sous l’autorité brésilienne.

Le voyage du Premier ministre a servi à redéfinir les relations bilatérales avec ce pays ami, pour le transformer en un véritable partenariat stratégique à long terme. Un partenariat qui met l’emphase sur des relations diplomatiques et politiques plus équilibrées, une augmentation de nos échanges commerciaux ainsi que l’attraction d’investissements privés brésiliens en Haïti, une coopération accrue autour du renforcement des institutions (notamment police, corps de génie, agriculture, santé, promotion de l’investissement), des programmes sociaux, de la culture et des sports. Je ne pense pas qu’il y ait un pays qui soit aussi proche culturellement d’Haïti que ne l’est le Brésil dans tout l’hémisphère. Nous puisons des racines communes et ancestrales issues du continent africain (après tout le Brésil est le second pays au monde avec la population de descendance africaine la plus nombreuse après le Nigeria). Haïti ne vibre-t-elle pas pour la sélecao et au rythme des percussions du carnaval ? C’est ce lien de parenté viscéral que le Premier ministre est venu réaffirmer en allant au Brésil. A tout point de vue, ce voyage aura été parmi les plus prometteurs de la gestion du Premier ministre, alors que celui ci entame la deuxième année de son mandat. Beaucoup d’opportunités économiques sont aujourd’hui ouvertes du fait de ce voyage. Le Brésil aujourd’hui est pour Haïti un allié fiable et incontournable !

Le Nouvelliste : Depuis décembre 2012 le secteur minier est sur pause, le gouvernement parle de revoir la loi, de refaire les évaluations du potentiel de notre sous-sol, comment les compagnies canadienne et américaine déjà engagées sur le terrain voient ces retournements de situation ?

G. M. : le secteur minier est d’une importance capitale. Notre sous-sol, comme celui de la République dominicaine, regorge de métaux précieux et semi-précieux. Ne pas exploiter ces ressources, que certains estiment à plusieurs dizaines de milliards de dollars, serait une grave erreur. Cependant, alors que ce secteur a été mis en veilleuse depuis plusieurs décennies, nous devons renforcer les capacités de nos institutions, d’ailleurs, c’est une requête répétée du Bureau des mines. Nous devons également revoir le cadre légal qui régit cette industrie.

Cela fait 30 ans que ce secteur économique est inactif. C’est pour cela qu’en décembre dernier, le CCPDEI a été sollicité par l’exécutif pour élaborer une vision stratégique du secteur. Nous avons donc produit une note stratégique qui identifiait cinq grands axes :

- Le premier était la refonte de la loi sur le secteur minier, qui date des années 70 et qui n’est plus en adéquation avec les normes et standards internationaux. La loi actuelle avait été formulée dans le cadre d’exploitation minière de surface telle que la bauxite. Elle n’est pas du tout adaptée à l’exploitation de ressources minières de métaux précieux et semi-précieux. Elle n’offre les garanties nécessaires ni aux investisseurs, ni à l’Etat ni à la communauté en général. L’Etat haïtien a donc fait appel à la Banque mondiale pour l’aider dans ce travail, qui devrait être finalisé avant la fin de l’année 2013.

- Le deuxième axe consistait à répertorier et chiffrer tant en quantité qu’en valeur le potentiel minier national, en engageant les services d’un cabinet d’experts géologues, sur les bases de nombreuses études réalisées ces trois dernières décennies par différents organismes comme le PNUD, le BRGM (Bureau de recherches de géologie et mines), et j’en passe. Les données disponibles sont nombreuses et de grande qualité, mais n’ont jamais été regroupées et référencées. Au delà de l’inventaire, cet exercice devait servir a quantifier et certifier internationalement les dites ressources, de façon à ce que l’Etat Haïtien puisse se baser sur des données indépendantes et arrive à ses propres conclusions quand au potentiel d’exploration et sa valeur marchande potentielle. Cela servira les intérêts de la nation dans toute négociation à venir pour de futurs contrats d’exploration/exploitation. Après avoir reçu plusieurs propositions de cabinets d’experts, le gouvernement a choisi le Council of Géoscience sud-africain pour mener à bien ce travail, qui devrait être terminé en 5 mois à compter de la date à laquelle débutera l’étude.

- Le troisième axe consistait a faire appel certains partenaires bilatéraux, reconnus pour être de grandes nations minières, dans le but de fournir assistance technique et coopération à notre Bureau des mines afin de formaliser et professionnaliser les institutions concernées. Les nations qui se sont engagées à nous apporter cette assistance technique sont actuellement le Chili (principale producteur de cuivre au monde), et l’Equateur. Cette assistance technique inter état rend le processus à la fois transparent et impartial, sans interférence des intérêts privés.

- Notre quatrième recommandation consistait à faire appel à un cabinet d’avocats spécialisés dans le secteur minier, qui puisse donner assistance aux institutions concernées pour toute négociation de contrats avec les compagnies minières. Le gouvernement étudie plusieurs candidats.

- La cinquième enfin consiste à créer un fonds dans lequel seront reversées les redevances provenant des contrats d’exploitation afin d’optimiser les retombées pour la nation dans un cadre transparent.
Le CCPDEI collabore sur ces différents axes en bonne intelligence avec le MTPTC, le Bureau des mines et le ministères des Finances pour l’établissement de cette filière vitale pour le futur de la nation haïtienne. Soit dit en passant, à aucun moment le principe de la continuité de l’Etat et le respect des engagements contractuels de l’Etat avec les différentes sociétés ne sont remis en cause. Il est cependant dans l’intérêt de tous, y compris les investisseurs que le cadre légal soit modernisé, transparent et équitable pour tous.

Le Nouvelliste  : Du point de vue haïtien quels sont les avantages pour le pays de rebattre les cartes du jeu minier ?

G.M.  : On ne peut pas vraiment parler de « rebattre » les cartes. En effet, ce secteur est depuis trop longtemps absent de la matrice économique du pays. De toute évidence, le secteur minier peut à lui seul redonner une souveraineté économique à la nation. Cependant, ceci doit se faire de manière ordonnée. Tout d’abord, dans la manière de gérer la relation avec l’industrie et les compagnies minières. Par ailleurs, dans la concertation des forces de la nation vers un objectif commun. Enfin, dans la façon de gérer les revenus qui en découleront pour en optimiser les retombées pour la nation. Formaliser et professionnaliser notre secteur minier, c’est tout d’abord envoyer un message fort aux investisseurs et partenaires bilatéraux et multilatéraux. Cela renforce la crédibilité de la nation comme destination d’investissement. Par ailleurs, cela garantit des niveaux de revenues qu’aucune autre industrie n’est en mesure de générer pour l’état. Ainsi, cela peut nous permettre d’amorcer la transition du « tout humanitaire » a un modèle de développement économique soutenu, et de passer de la dépendance aux dons que nous accordent nos partenaires, à un retour éventuel vers les marchés obligataires et autres mécanismes de financement. Enfin, et c’est pour cela que la cinquième recommandation est particulièrement importante, les redevances doivent être canalisées vers un fonds souverain ayant comme axe principal l’éducation et la santé de nos concitoyens. Nous devons nous assurer que les 30 ou 40 ans d’exploitation à venir servent principalement à éduquer et soigner les deux prochaines générations d’Haïtiens.

Je félicite à cet effet le CDES pour avoir organisé le sommet autour du secteur minier en collaboration avec la Banque mondiale et le ministère des Finances. Il est important que les différentes commissions et institutions jouent leurs partitionsdans ce domaine.

Le Nouvelliste : Les investissements directs étrangers ne progressent plus en Haïti quelles en sont les causes et que va faire le CCPDEI dans les prochains mois pour y remédier ?

G.M. : Permettez-moi de vous corriger. L’IED a progressé de 25% entre 2011 et 2012, pour atteindre 220MM$. Je coïncide avec vous que c’est évidemment trop peu et cela peine encore à se traduire en création massive d’emplois. Mais nous, au CCPDEI, sommes convaincus que les investissements étrangers ne viendront que si nous créons les conditions propices pour rendre notre pays plus attractif aux investissements en général. Pour cela, il faut engager les réformes institutionnelles, structurelles et sectorielles dont je parlais plus tôt. Le CCPDEI travaille au quotidien avec les institutions concernées pour faire aboutir ces réformes, car sans elles, l’investissement étranger et la création massive d’emploi resteront un voeux et non une réalité. On ne peut vouloir changer le destin du pays sans sacrifier ses propres intérêts pour faire aboutir les réformes. Nos nouvelles générations se sentent plus que jamais concernées par les enjeux nationaux ou l’avenir que nous façonnons en ce moment pour nos enfants.Nous avons refusé d’accepter cette fatalité, et c’est pourquoi, à titre personnel et avec le support de ma famille, de mon épouse et de mes enfants, de mes actionnaires, je m’investis pleinement dans mon rôle de co-président du CCPDEI. L’objectif que nous devrions nous fixer comme nation serait d’atteindre un flux d’investissements annuel oscillant entre 1 à 2 milliards de dollars par an dans trois ans. Cela est possible si nous continuons à travailler d’arrache-pied et faire montre de courage dans nos choix économiques en encourageant les prises de décisions et les reformes nécessaires qui vont amener plus de compétition, améliorer notre compétitivité et en prenant des mesures qui assurent une plus grande productivité de notre économie. Je suis confiant que nous sommes comme nation engagés dans cette voie.

Le Nouvelliste : Caracol n’avance pas aussi vite qu’espérer, les rapports disent que les Coréens se sentent seuls et délaissés, quelles sont les perspectives ?

G.M. : La pensée stratégique autour de l’industrie légère à l’exportation en Haïti suit le même modèle depuis 30 ans, à savoir le lobby pour l’accès privilégiée sur les marchés internationaux, la subvention des bâtiments par l’Etat et les bailleurs internationaux, et le maintien des salaires très bas. Cependant le véritable problème se situe au niveau du manque de compétitivité de notre économie, ce qui porte préjudice au secteur.

• Le coût de l’électricité (40 cents/kwh sur le réseau EDH, 26 cents à caracol par rapport à 19 cents en République dominicaine, 11 cents en Amérique latine et 9 centimes en Asie),

• Le coût du transport (1 container de Chine livré via les ports haïtiens coute 6000$, via la RD dans les $2000)

• Et la faiblesse du système de formation professionnelle ( trois fois plus de temps à former un ouvrier haïtien qu’un Dominicain ou Guatémaltèque)

sont tout autant de facteurs qui plombent la production et la compétitivité du secteur. C’est comme cela qu’en trois ans, seulement 7500 nouveaux emplois directs ont été créés dans cette filière, loin des 200,000 escomptés, alors que nous plafonnons à 30,000 emplois dans ce secteur. Il est donc impératif de changer de stratégie.

Caracol est une réalisation majeure et méritoire qui doit remplir pleinement son potentiel de création d’emplois. Il appartient aux Haïtiens cependant de concevoir et d’exécuter un train de mesures pour asseoir la compétitivité du secteur.

• Il faut repenser l’écosystème tout en renforçant la Sonapi en la rendant performante et économiquement plus rentable.
• Profiter de la réforme énergétique pour arriver à faire baisser les coûts énergétiques,
• Réaliser les investissements qui s’imposent notamment à court terme sur le port de Cap-Haïtien. Les etudes d’experts prouvent que ce port pourrait desservir à moindre coût le développement du Nord pour les sept prochaines années.

Au delà du Cap, nous félicitons l’ APN qui s’est engagée résolument dans une reforme portuaire ambitieuse qui va permettre à Haïti de tirer avantage de sa position géographique unique sur le Canal du Vent, la première autoroute maritime du monde (plus de 34% du commerce maritime mondial). Du fait de notre absence dans ce domaine et de l’inexistence de l’articulation d’une politique sectorielle depuis des années, la Jamaïque et la République dominicaine ne font que faire chuter le coût de leurs transports logistiques en devenant des plateformes logistiques de choix. C’est entre autres, pour cela qu’ils envahissent notre marché. Nul cependant n’est mieux placé qu’Haiti pour devenir la plateforme logistique de choix dans la region, ce qui rendrait le reste de notre offre de biens et services imbattable. La nouvelle stratégie portuaire élaborée par APN et le gouvernement nous y conduit. L’effet sur les emplois va être majeur.

L’emphase doit aussi être mise sur la formation professionnelle. Un bon programme de formation professionnelle a permis au Nicaragua de dépasser la productivité de son voisin guatémaltèque, qui était avant cela trois fois plus performant que lui. Je crois qu’on peut dire aujourd’hui que le CTMO Hope et l’INFP sont pleinement engagés dans cette voie.

Ce sont ces mesures que les Coréens ainsi que les entrepreneurs locaux et internationaux de la filière réclament. Cette politique industrielle doit être pensée pour l’ensemble du territoire, et même dépasser les îlots de compétitivité que sont les zones franches et les parcs industriels. Les grands dossiers de compétitivité doivent être courageusement affrontés.

Un groupe de travail a été formé et est composé du CTMO Hope, CFI, Sonapi, de l’ADIH et des entrepreneurs de la filière, sous la coordination du PACEGI et en consultation avec les partenaires financiers internationaux, pour recommander aux ministères de tutelle et au gouvernement en général, des mesures pratiques à court et moyen terme pour que le potentiel que nous offre la loi Help soit pleinement réalisé, soit la création de 200,000 emplois. L’exécutif attend beaucoup de ce groupe de travail, car la création d’emploi dans ce secteur est une priorité absolue pour tous.

Le Nouvelliste : Un bon climat pour les investissements, ce sont de bonnes lois pour le pays hôte et pour les investisseurs, avez-vous des lois en attente au Parlement, comment se porte les relations avec les élus ?

G.M. : Le CCPDEI dans son mandat de réforme a plusieurs projets de règlementation, d’arrêté ou de loi autour de l’amélioration du climat des affaires et des cadres régissant les secteurs de l’économie. Que ce soit pour le secteur énergétique, la loi sur les assurances, la réforme pour l’accès universel au propane et aux énergies alternatives pour la cuisson, les incitatifs a l’investissement dans l’immobilier et le logement, le nouveau cadre du secteur minier, le CCPDEI/Pacegi a travaillé pendant plusieurs mois, de concert avec les ministères et directions générales concernées, à l’élaboration de divers projets de loi. Nous avons à cet effet soumis un agenda législatif au ministre de tutelle fin janvier. Cependant, il n’appartient pas au CCPDEI d’intervenir directement auprès du corps législatif. Nous devons respecter l’institutionalité des relations, et travailler de concert avec les autres institutions de l’exécutif, pas les remplacer. Je dirais donc que nos relations avec le Grand corps sont tout à fait cordiales même si nous n’entretenons pas de relations directes et régulières avec les parlementaires dans le cadre du mandat du CCPDEI. En passant, il est important de souligner que le CCPDEI n’est pas la seule institution qui travaille sur le cadre des affaires et des investissements, le ministère du Commerce et de l’Industrie, le ministère des Finances et de l’Economie, le ministère du Tourisme, la Commission de la réforme du cadre des Affaires, la Commission nationale des zones franches, le CDES, pour ne citer que quelques-unes des institutions, sont tous en train de faire avancer le cadre des affaires pour une plus grande compétitivité de l’économie haïtienne. Le travail est ardu mais la cause est noble !

Aujourd’hui, la colonne vertébrale du pays est brisée par des luttes mesquines et trop souvent sans grandeur. Les dénonciations abusives paralysent l’essor de développement que devrait connaître le pays. On ne construit pas dans la division ; Haïti a besoin de l’énergie, du dymanysme et de l’unité de tous les fils de la nation au-dela de toutes les appartenances politiques pour construire ce qui est à reconstruire. Aujourd’hui plus qu’hier et moins que demain, les élites de ce pays doivent prendre conscience qu’elles ne gagnent rien à fonctionner en groupe d’intérêt et doivent s’unir et s’engager dans la grande bataille du renouveau haïtien. L’impératif moral de contribuer à l’amélioration des conditions de vie de 10 millions de nos compatriotes passe avant toute considération personnelle. Caveant Consules !

Propos recueillis par Frantz Duval


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