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Former et informer pour protéger

jeudi 26 mars 2015 par Bill

Le Nord et le Nord-Est ont vécu deux jours, mardi et mercredi, d’intenses débats organisés à l’initiative du Comité interministériel d’aménagement du territoire (CIAT) et de la Banque interaméricaine de développement (BID).

Pendant ces assises tenues sur le campus Henri Christophe de l’Université d’Etat d’Haïti à Limonade, tous ceux qui ont des projets importants dans le corridor Ouanaminthe-Cap-Haïtien étaient présents. Aussi bien les membres du secteur privé, les acteurs étatiques que les organisations internationales. Chacun a présenté ses réalisations, ses études, ses projets futurs.

Il se passe de grandes choses dans cette région. Des millions et des millions de dollars sont dépensés, investis ou jetés, ici ou là. Chaque participant a appris d’une des présentations. Les échanges ont été riches.

Deux intervenants ont souligné l’impact que l’éducation peut avoir sur les changements de comportements des populations cibles dans une région qui regorge de richesses ignorées. De potentiels qui peuvent changer l’équation de la misère ambiante. Le Nord et le Nord-Est font partis des quatre départements les plus pauvres du pays, selon les statistiques officielles.

Monique Rocourt, ancienne ministre de la Culture, ancienne directrice générale de l’Institut du patrimoine national (ISPAN), a raconté une de ses journées à la citadelle du roi Henri 1er une fois où le monument recevait des centaines de jeunes venus y passer quelques heures, comme cela arrive pour certains congés tel le vendredi saint, le 18 mai ou pour les morts et la toussaint.

Les hordes de jeunes étaient bruyantes et visiblement en mode délinquant, déplore celle qui reste attachée au patrimoine. Elle explique qu’elle s’est mis à parler à un petit groupe, puis à tous les jeunes assis sagement pour écouter un cours d’histoire qu’elle leur a délivré ce jour-là.

Les mêmes jeunes enragés qui étaient prêts à salir les allées, à uriner dans les coins, à laisser les restes de leur repas, à faire du bruit avec leurs systèmes de sonorisation, « étaient devenus sages et attentifs », se rappelle Monique Rocourt.

La leçon qu’elle en tira : la connaissance vous transforme le plus grand des malappris en protecteur d’un site historique si vous lui expliquez de quoi il s’agit.

« Il suffit de savoir pour comprendre et pour aimer », croit la dame qui vous emballe dès qu’elle parle de son pays et de ses trésors cachés.

L’autre exemple est celui d’un échec, celui du géographe Jean Marie Théodate.

Le président du comité de gestion du campus Henri Christophe de l’Université d’Etat d’Haïti à Limonade, a expliqué à une assistance médusée ses déboires quand il a tenté de sauver, le 12 janvier dernier, la vie d’une baleine qui a échoué dans la baie de Fort-Liberté.

Les autorités de la place lui refusèrent assistance. Un fier-à-bras de la zone lui expliqua, Internet à l’appui, que la baleine est un requin car il existe des requins-baleines. La population, les petits pêcheurs en tête, n’avait qu’une envie : tuer la bête qui mange les poissons.

Au final, à coup de pagaie, de machette et autres armes improvisées, la baleine, fuyant le froid des hivers nord-américains, venue mettre bas dans les eaux chaudes de l’île d’Haïti, fut assassinée et enterrée, car personne ne voulait manger la chair du monstre.

Dépité mais pas désarmé, Théodate décida de mener une expédition explicative dans la ville et, avec 74 étudiants de l’université, fit du porte-à-porte pour demander aux gens le pourquoi de leur comportement et les informer sur la différence entre baleine et requin.

Devoir d’enseignant et d’étudiants accompli, les universitaires retournèrent à leurs études.

Ce n’est que pendant la conférence que Théodate apprit d’un expert américain, Andy Drumm, chargé du projet du parc des Trois baies, qu’une deuxième baleine avait échoué quelque temps plus tard, dans la même baie de Fort-Liberté.

Cette fois, elle ne fut pas attaquée, apprit à la salle l’expert.

La formation et la sensibilisation avaient porté leurs fruits.

Ces deux exemples, qui soulignent la fragilité des richesses du Grand Nord, ouvrent aussi la porte au besoin de formation sur plein de sujets qui ne sont pas dans les cursus académiques ni dans les « ce qu’on apprend à la maison ».

Nombreux sont aussi les participants aux assises du CIAT et de la BID sur la gouvernance des grands projets du corridor Nord-Nord-Est, qui se sont félicités de recueillir autant d’informations sur des initiatives qui se tiennent dans leur région. Certaines à l’insu de leur plein gré.

Pour éviter que certains de ces projets ne finissent comme des baleines échouées ou pire assassinées, il faut définitivement informer correctement les élus sur ce qui se passe sur leur territoire et expliquer aux populations les tenants et les aboutissants des projets…

Tout le monde, dans le Nord et le Nord-Est veut s’asseoir comme à la citadelle pour apprendre, pour comprendre les transformations qui prennent forment dans leurs cours.

Auteur : Frantz Duval, Journaliste Redacteur en chef Le Nouvelliste


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