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EDITO | Une leçon pleine d’assurance

vendredi 4 mai 2012 par Bill

Haïti : Carl Braun, immense banquier, homme de vision, pionnier et bâtisseur du secteur bancaire haïtien des trente dernières années, défriche un nouveau terrain : celui des assurances.

Sur Magik 9, jeudi, pendant près d’une heure, Braun a étalé, sans langue de bois, en long et en large, ses objectifs avec la dernière-née des entreprises du Groupe financier national, la Uniassurance.

Pour la présenter, le père de plusieurs institutions financières du pays, dont la Unibank, navire amiral du secteur bancaire, première banque du pays avec 900 000 clients et des fonds en conséquence, a tiré le portrait du secteur des assurances. Edifiant.

Pas de loi-cadre, pas de régulateur, pas de publication des résultats par les compagnies d’assurances -la Uniassurance est la première à rendre publics ses états financiers audités-, cela donne froid dans le dos.

Braun a aussi révélé qu’avec à peine trente mille dollars de capitaux on peut avoir pignon sur rue et une compagnie d’assurances.
Dans le commerce des promesses, le tremblement de terre nous a fait trembler, pas seulement pendant 35 secondes, mais aussi après pour des assurés qui n’ont pas reçu un sou de leur assureur. Sans un mot de la société, de l’Etat ou de l’Association des assureurs, des centaines d’Haïtiens se sont fait gruger.

Sans recours.

Trente millions de dollars d’impayés, telle est la facture laissée en plan le 12 janvier 2012 par des assureurs indélicats, a affirmé Carl Braun. Heureusement que les plus gros acteurs du secteur ont tenu bon et payé rubis sur l’ongle.

Les compagnies défaillantes étaient-elles sous-capitalisées ? Pas ou peu réassurées ? De mauvaise foi ? Carl Braun ne se prononce pas. Il recommande cependant aux clients en quête d’une compagnie de bien s’informer avant de se livrer à un mauvais assureur.

La démonstration de Carl Braun était si éloquente que l’on s’est cru dans une salle de classe, dans une info-publicité ou devant un représentant de commerce. Jamais l’opacité des compagnies d’assurances n’a été ainsi mise en lumière. Les petites lettres fines des longues et illisibles phrases des contrats ne sont pas les seuls pièges auxquels s’exposent les assurés. Les assurances, c’est de la finance. Une affaire de confiance et de garanties. De bonne gestion et de transparence.

Braun a aussi dénoncé les trois rentes de l’Etat : l’ONA, l’OFATMA et l’OAVCT. La première a la charge de l’assurance vieillesse, la seconde de l’assurance maladie du travail et la dernière celle des voitures et des accidentés de la route.

Trois pans importants du secteur des assurances que l’Etat garde sous son coude sans bien servir la population, qui, souvent, paie -ceux qui en ont les moyens tout au moins-, une double assurance pour se prémunir des défaillances de l’Etat et des faibles primes versées en cas de sinistre.

Et que dire de l’absence de conseil d’administration pour ces trois institutions et le désert de transparence dans la gestion des fonds qui leur sont confiés ? Ponctionnés par la loi à la source, les prélèvements obligatoires enflent les bourses de ces entreprises d’Etat, la mise en concurrence serait le seul remède pour permettre à la population de recevoir des services décents et efficaces.

Ce jeudi, le président Michel Martelly a annoncé l’arrivée prochaine de la carte de sécurité sociale qui va démocratiser l’accès à l’assurance maladie. Allons-nous au devant du naufrage d’une belle idée ?

Allons-nous bénéficier de l’introduction de la nécessaire réforme de tout le secteur ? Cette assurance maladie va-t-elle entraîner la réforme du secteur de la santé, de l’identification, de l’état civil ?
Ah ! Les affaires d’assurances ne sont jamais simples.

Frantz Duval

duval@lenouvelliste.com

Voir en ligne : www.lenouvelliste.com

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