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Cinq ans plus tard, GOC s’est relevée et se modernise

samedi 31 janvier 2015 par Bill

Terrassée par le tremblement de terre du 12 janvier, l’Université GOC a réussi le pari de reprendre ses activités académiques dans un nouveau campus situé en dehors de Port-au-Prince. Cinq ans après la catastrophe, GOC est une université debout, avec l’ambition de se moderniser et déterminée à poursuivre sa mission qui est de former.

Dans le pavillon sud de l’université, à Nazon, les étudiants défilent pour se mettre à jour avec l’administration et prendre leurs résultats. Les cours ne se tiennent plus là-bas, où des étudiants ont laissé leur peau en pleine formation, le 12 janvier 2010. L’espace rénové héberge actuellement l’administration de l’université. Il y a maintenant un nouveau bâtiment et le lieu semble être attrayant, mais rappelle de tristes souvenirs.

« C’est quelque chose qui nous a marqués énormément. Plusieurs étudiants ont trouvé la mort, des professeurs aussi, a confié le docteur Fritz Olivier, recteur de l’université GOC. C’était à la fois très triste et frustrant. Mais le désir et la passion du travail ont fait que nous avons recommencé ». Le bâtiment qui abritait l’université était complètement détruit, ils ont dû recommencer à zéro.

Depuis 1982, l’université est propriétaire d’un vaste domaine situé à la sortie nord de Port-au-Prince, à Titanyen. Longtemps avant le tremblement de terre, on prévoyait déjà de délocaliser les cours là-bas. « La catastrophe nous a donnés l’occasion de nous rendre là-bas où nous disposons de beaucoup plus d’espace ». En effet, GOC a recommencé à travailler le six mars 2010, près de deux mois après le tremblement de terre. Non sans difficulté. Les cours ont repris sous les tentes. Dans des conditions qui rappellent de douloureux souvenirs au recteur Olivier.

« Le vent souffle beaucoup à Titanyen. Parfois durant les cours, les tentes sont emportées par le vent, laissant les étudiants sans couverture sous le soleil. Cela m’a beaucoup marqué, a témoigné Fritz Olivier dans une entrevue accordée au Nouvelliste. La passion et la flamme qui nous animent pour accomplir ce travail font qu’aujourd’hui nous avançons avec beaucoup plus de zèle ».

Le recteur souligne par ailleurs que les étudiants étaient animés du désir de faire avancer les choses. Ils ont d’ailleurs participé avec enthousiasme à l’exécution du plan directeur de la construction du campus de Titanyen. « Nous aimons ce que nous faisons. Nous aimons voir nos étudiants progresser et se mettre au service de la société, c’est ça notre flamme, c’est ça notre passion », affirme Fritz Olivier.

Contrairement à d’autres institutions d’enseignement supérieur, GOC s’est relevée sans avoir reçu l’aide de quiconque. « Nous avions écrit à 17 institutions, à de prétendus ministères de ce pays et personne ne nous a répondu, a lancé Fritz Olivier d’un ton amer. C’est avec nos faibles moyens, sans l’aide, sans l’assistance de qui que ce soit. Et c’est pourquoi nous sommes fiers. Nous utilisons les moyens du bord pour faire ce travail et nous le faisons de tous nos cœurs ».

Aujourd’hui, cinq ans après le tremblement de terre, l’université est capable de recevoir plus de deux mille cinq cents étudiants, dans un vrai campus universitaire. L’ambition des responsables de GOC c’est d’avoir un campus avec la capacité de recevoir entre 15 et 25 000 étudiants dans les prochaines années. « Nous savons où nous voulons nous rendre. Nous avons augmenté nos capacités, nous sommes mieux organisés et mieux structurés », a dit le recteur.


Sur le plan académique, le nombre des étudiants a pratiquement doublé. L’université est actuellement constituée de neuf départements-écoles, coiffés par deux grandes facultés. Les responsables du rectorat se donnent pour objectif de doter l’université de sept nouveaux départements à partir d’octobre prochain. Ils comptent également ouvrir plusieurs départements professionnels et des cours à cycle court dans les prochaines années académiques.

« Notre plus grande difficulté est de faire la transition entre le système traditionnel d’enseignement et le fonctionnement à l’ère numérique que nous embrassons depuis deux années, a concédé monsieur Olivier faisant la promotion pour une formation universitaire moderne. L’idée principale est de former des jeunes pour qu’ils soient des agents productifs dans la société haïtienne et ailleurs. C’est le même principe qui est toujours maintenu ».

Le recteur de GOC nous parle de son université comme une institution projetée vers l’avenir. « La formation que nous donnons maintenant devra permettre aux jeunes gens de répondre à tous les défis à l’ère de la globalisation. Le défi n’est pas seulement pour ici mais ailleurs aussi. Nous ne préparons pas les gens seulement pour ce pays, nous les préparons pour qu’ils soient équipés pour répondre aux défis n’importe où ».

Fritz Olivier, qui détient, entre autres, un doctorat en leadership et un en théologie, déplore néanmoins que les jeunes arrivent aujourd’hui avec plus de lacune à l’université. Selon lui, le défi de former les jeunes étudiants en Haïti est beaucoup plus élevé. « Cela nous fait fournir beaucoup plus d’efforts, nous faisons un travail de mise à niveau, un travail concomitant par rapport à l’enseignement universitaire ».

Le rêve du docteur Olivier c’est que l’université ait son poids dans la société haïtienne. « Construire un pays nécessite un peu de toutes les connaissances . L’université est là pour régulariser cette question, explique le recteur, selon qui on ne peut pas diriger une société avec des gens qui ne sont pas préparés. « La politique par exemple est une science. Si c’est une science, ceux qui nous dirigent doivent la connaître. Elle ne peut pas être la science de l’arbitraire et de l’improvisation. C’est une condition pour maintenir les gens formés dans le pays ».

Auteur : Louis-Joseph Olivier
ljolivier@lenouvelliste.com

Voir en ligne : Université GOC

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