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Boom possible dans le secteur des télécoms malgré la position de dominance de la Digicel

jeudi 5 avril 2012 par Bill

Le secteur des télécoms connaîtra un certain essor malgré la position de dominance de la Digicel, avec 80% du marché de la téléphonie mobile, après l’acquisition de Voilà. La situation de duopole ne tuera pas la compétition toujours favorable aux clients, a garanti Jean Marie Guillaume, directeur général du Conseil national des télécommunications (Conatel), l’institution de régulation, qui ne sera pas « impartiale ».

Haïti : La compétition féroce annoncée entre la Digicel et la Natcom générera des retombées positives pour l’économie, selon le directeur général du Conatel, intervenant ce mardi 3 avril sur les ondes de Radio Magik 9.

La débâcle de Voilà

« En télécommunications, c’est une affaire de vision, de stratégie. C’est la compagnie la plus avisée qui sortira victorieuse. Voilà était, certes, une bonne compagnie mais il est clair qu’elle n’avait pas de vision », a estimé le directeur du Conatel. Pour lui, les faits sont clairs : « Natcom a déjà son câble de fibre optique, la Digicel est sur le point d’installer le sien alors que Voilà n’avait pas consenti cet investissement d’environ 50 millions de dollars », a-t-il expliqué. Selon lui, les difficultés financières de cette compagnie étaient plutôt dues à de mauvaises décisions stratégiques et n’avaient rien à voir ni avec son choix de ne pas faire de la politique ni avec la récente imposition de prix plancher et de prix plafond sur la minute des appels téléphoniques internationaux.

« Voilà était incapable de supporter la compétition. Notre souci en tant que médiateur dans le processus d’acquisition de la firme par Digicel a été d’empêcher qu’elle devienne comme la Haitel », a ajouté M. Guillaume.

Appréhensions des consommateurs

Sur le marché de la téléphonie mobile, les préoccupations du consommateur sont multiples, après l’acquisition de Voilà par la Digicel. Et l’éditorialiste Frantz Duval l’a bien relevé : « Que va-t-il se passer avec leurs factures de téléphone, leur Pap padap et leur Dirèk dirèk ? Vont-ils avoir des appareils à meilleur marché ? Plus chers ? Moins de minutes pour leurs gourdes ou plus de temps pour parler ? La note parole-en-piles sera-t-elle plus salée ou soutenable ? Le service à la clientèle va-t-il s’améliorer ou régresser ? A qui va-t-on passer la facture de l’acquisition ? » Ce sont entre autres ces interrogations qui occupent déjà les pensées du grand public.

Kesner Pharel, reconnaissant ne pas être un expert du secteur des télécoms, estime toutefois illogique l’optimisme du directeur général du Conseil national des télécommunications par rapport aux impacts de ces mutations du marché sur la population. « Aujourd’hui, le consommateur n’a aucune garantie de sortir gagnant des récents changements enregistrés dans le secteur de la téléphonie mobile », a-t-il analysé. Selon lui, ce marché est sur le point de redevenir un duopole, comme à l’époque où Comcel et la Haitel étaient les seuls opérateurs dans le pays.

Cette situation offrait aux deux compagnies la possibilité de s’entendre entre elles afin de se partager le maximum de profits sur le marché », craint le P.D.G. du Group Croissance. Dans ce cas, les consommateurs perdraient les divers avantages (en termes de prix, de qualité et de service) offerts par une concurrence plus agressive. Si l’acquisition de Voilà par le groupe Digicel s’est avérée une bonne affaire pour les deux parties, Kesner Pharel ne cache pas ses réserves quant à la préservation des intérêts du grand public.

« Certes, à partir de cette transaction, l’administration publique a pu gagner six millions de dollars américains, mais quels en sont les risques et avantages pour le reste de la société ? », s’est demandé l’économiste. De son avis, un débat aurait dû être engagé entre toutes les parties concernées afin de s’assurer que l’issue de cette opération soit du genre gagnant-gagnant. « Il est anormal qu’aucune discussion n’ait été tenue de manière publique dans le cadre de ce dossier », déplore-t-il, indexant dans son commentaire la faiblesse du Conatel, et du Parlement haïtien qui peut légiférer sur le secteur des télécoms.

Le P.D.G. du Group Croissance est sidéré par l’absence de comité économique au niveau du Conatel, l’institution régulatrice d’un des secteurs les plus dynamiques de l’économie nationale. « La réussite d’une économie de marché dépend beaucoup de la force de ses institutions », a-t-il rappelé.

Entre-temps, le public observe et attend les soubresauts du secteur des télécoms qui peut encore offrir beaucoup de services.

Carl-Henry CADET

Voir en ligne : www.lenouvelliste.com

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