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Nou Pou Nou/Développement communautaire

A Jacmel, elles sont une référence

lundi 17 mars 2014 par Bill

Elles sont environ 1 500 femmes regroupées en association à œuvrer dans la transformation des fruits et légumes, cassaves et boissons dans le Sud-Est. Ces femmes ne jurent que par leur autonomie et ont mis la main à la pâte. Aujourd’hui, l’atelier APLADEM (Femmes des Ateliers pilotes agroartisanal de Meyer), fondé en juillet 1990, produit environ 200 douzaines de cassaves par jour. Malgré tout, la demande reste supérieure à l’offre.

A côté de l’affiche « Meyer Cassaverie » sur la route de Cayes-Jacmel, on emprunte une voie conduisant à une résidence. Un espace planté avec d’arbres fruitiers, notamment des manguiers. Un environnement paradisiaque. Ici, l’on respire l’air pur. Dans le bâtiment, on ne voit que des femmes. Certaines d’entre elles portent des blouses. On n’est pas pour autant dans une clinique, mais dans un atelier. C’est le local de la « Cassaverie de Meyer ». Deux grands fours fonctionnant à gaz propane, entre autres, sont remarqués. « Nous utilisons le gaz propane parce que l’idée est de protéger l’environnement », indique Uzale Remay, dirigeante de Femmes APLADEM.

Ce sont des femmes qui veulent avancer. Des femmes qui ne veulent en aucun cas rester les bras croisés. Depuis plus de deux décennies, elles transforment des fruits qui étaient en abondance mais qui gaspillaient faute d’alternative. « L’atelier permet de réduire les pertes post-récoltes et de procéder à la création d’emplois durables, fait remarquer Uzale Remay. On a commencé avec les moyens du bord ; l’objectif était de créer des activités génératrices de revenus pour les femmes. »

Dans le Sud-Est, elles ne le cachent pas : elles sont une référence en offrant des produits comestibles de qualité et variés aux clients tout en permettant aux femmes membres de l’association d’augmenter leurs revenus. Confitures, marmelades et gelées, beurre d’arachide (mamba), liqueurs et des cocktails à base de plantes et de fruits locaux, vins de fruits… toute une gamme de produits. Pour empêcher la coupe des arbres, en particulier les arbres fruitiers, l’association organise des rencontres avec des planteurs pour les motiver sur le phénomène. « Nous essayons de créer des réseaux de producteurs de fruits, confie Uzale Remay. Nous donnons la garantie aux planteurs que nous achèterons leurs produits. »

Pour le recteur de l’Université publique du Sud-Est, Jean-Elie Gilles, l’initiative prise par ces femmes est très louable pour la région en particulier et le pays en général. « Cet atelier doit servir de modèle pour nos étudiants, pas seulement ceux de la faculté d’Agronomie, dit-il. Nous avons beaucoup de produits dans la région que nous pouvons transformer et c’est ce que font ces femmes. »

Même si l’association a déjà parcouru un long chemin, les femmes rêvent encore plus grand. Avec la cotisation des membres, l’association vient de faire l’acquisition d’un terrain à près d’un million de gourdes. Elles entendent implanter une usine moderne de transformation des fruits et denrées agricoles. En attendant de voir leur rêve se concrétiser, les femmes s’adonnent à leur atelier de cassaverie moderne qui emploie (de manière rotative) une cinquantaine de femmes. « Nous aimerions créer beaucoup plus d’emplois pour aider les femmes, mais nos moyens financiers ne nous le permettent pas encore », explique la dirigeante de Femmes des Ateliers pilotes agroartisanal de Meyer.

Pour Shella Egalité, responsable de marketing, c’est la « meilleure cassaverie du Sud-Est ». « Nous préparons nos produits dans de meilleures conditions d’hygiène et nous sommes de meilleure qualité, soutient Shella. Le public apprécie beaucoup nos produits. »

Comme preuve, l’atelier vend 10 000 gourdes de cassaves (de différentes variétés) par jour et doit répondre aux commandes des sept supermarchés de la région. « Avec beaucoup plus de moyens, nous pouvons produire beaucoup plus », soulignent ces femmes, désireuses d’acquérir leur autonomie économique. Madeleine Lubin, responsable de production depuis 2009, l’affirme. « L’association nous rend autonomes, déclare-t-elle. Cela nous procure plus de respect au foyer. Nous ne dépendons pas de notre mari. »

Mais mis à part l’aspect autonomie, la vision des Femmes APLADEM est encore plus grande : devenir un leader national dans la transformation des fruits et légumes, cassaves et boissons. Avec de la bonne volonté et du leadership, elles ont déjà parcouru un long chemin dans la promotion des produits locaux.

L’idée. Voilà ce qu’elles avaient au départ. Rien de plus.
Valéry Daudier
vdaudier@lenouvelliste.com

Voir en ligne : Le Nouvelliste

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