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Vers la création d’un agro-village à Morne Casse

jeudi 30 janvier 2014 par Bill

L’implantation de la zone franche de Ouanaminthe a provoqué d’énormes controverses au sein de la population locale. Les cent soixante-douze familles qui habitaient l’espace et plusieurs milliers d’observateurs ont eu des propos acerbes à l’encontre des autorités gouvernementales pour avoir contracté un tel accord. Une grande partie de ces gens ont été contraints de vider les lieux. Plus de dix ans plus tard, ils ne sont toujours pas relogés. Un agro-village est en train d’être créé à Morne Casse, à Ferrier, en vue de les accueillir.

L’objectif premier de l’implantation de la zone franche à Ouanaminthe était d’attirer les investisseurs dans le pays afin de créer des emplois. Là-bas, comme partout dans le pays, il existe une main-d’œuvre à bon marché. Ce qui répond sans équivoque aux besoins des grandes entreprises internationales qui cherchent des endroits pour maximiser leur profit. Toutefois, au moment de l’implantation des zones franches, certains critères doivent être pris en compte comme le relogement des occupants de l’espace visé. Ce qui n’était pas vraiment le cas dans la deuxième ville de la métropole du Nord-Est. Ce qui a, d’ailleurs, engendré des frustrés au sein de la population.

En vue de l’octroi d’un prêt aux investisseurs de la Compagnie de développement industriel (Codevi), la Société financière internationale (SFI) a contraint l’État haïtien et cette société de dédommager les anciens occupants de l’espace. C’était alors chose promise. Depuis, beaucoup de temps s’est écoulé et aucun pas n’a été franchi dans cette direction. Les autorités publiques et un comité composé d’anciens locataires de l’espace d’accueil de la première zone franche du pays ont entrepris plusieurs discussions en vue de trouver un autre espace apte à les recevoir. Ainsi, les propriétaires étaient indemnisés. Mais les métayers et autres occupants sont toujours aux abois.

Grâce à un travail remarquable réalisé par l’Institut national de la réforme agraire (Inara), 520 hectares de terre appartenant à l’État ont été répertoriés à Morne Casse dans la commune de Ferrier afin de reloger ces gens. A partir de ce moment, un projet de grande envergure commençait à prendre forme.

Selon les prévisions, une centaine d’unités de maisons doivent être construites dans cet espace pour les familles non propriétaires, les propriétaires étant déjà indemnisés par les autorités concernées. De plus, les cent soixante-douze familles occupant l’espace de Ouanaminthe bénéficieront chacune, d’un demi-hectare de terre afin de pratiquer une petite agriculture. L’étude du projet est déjà réalisée. Pour l’instant, selon le directeur général des Zones franches, Rode Préval, le Centre national des équipements (CNE) est déjà à pied d’oeuvre à Morne Casse en vue de la mise en place des infrastructures routières.

Si l’on en croit les propos du responsable, c’est un village moderne qui va être érigé. Tous les services de base, a-t-il expliqué, seront fournis. On prévoit la construction d’un dispensaire, d’une école publique, d’un marché public, de terrains de jeu et d’une place publique. Le coût total de ce projet est évalué à 370 millions de gourdes.

105 des 520 hectares disponibles sont aptes à l’agriculture. La figue banane, selon les experts du ministère de l’Agriculture, est la denrée la mieux appropriée. Et, dans l’optique de mettre en valeur cette parcelle de terre et créer des emplois dans cette communauté, les responsables prévoient la création d’une société anonyme mixte entre les bénéficiaires et l’État haïtien. Suivant les dispositions adoptées, l’État apportera le capital initial. Ainsi, dans les prochains mois, la population commencera avec la préparation du sol et le gouvernement s’active en vue de la construction du système d’irrigation. Plusieurs puits seront forés dans ce recoin.

Par ailleurs, plusieurs autres activités économiques sont prévues dans le cadre de ce projet. Elevage de bovins et de porcs, atelier de production de lait et produits dérivés, atelier de production de compostes suivis de leur commercialisation . Selon M. Préval, plus de quatre mille emplois seront créés à Morne Casse. De plus, des pourparlers sont déjà entamés avec une entreprise chinoise en vue de la construction d’un parc industriel dans les parages de l’agro-village. 150 hectares sont disponibles à cet effet.

Plusieurs institutions publiques sont concernées. Le directeur général des zones franches a fait savoir que les véritables travaux vont, sous peu, démarrer. « On est dans une phase très avancée », a-t-il déclaré. Les discussions vont bon train entre l’institution qu’il dirige et le Fonds d’Assistance économique et sociale (FAES) qui doit s’occuper de la construction des maisons. Aussi, a-t-il poursuivi, le ministère de l’Économie et des Finances consentira de débloquer des fonds pour l’aménagement de la ferme agricole.

Jusqu’à présent, cette zone est inhabitée. Elle est isolée. D’ailleurs, une parcelle importante de cet espace est aride. Les futurs locataires auront à parcourir plusieurs kilomètres avant de trouver une localité habitée ou une grande ville. Pour cela, reconnaît Rode Préval, il est indispensable que tous les services de base et sociaux soient mis à la disposition de la communauté avant l’arrivée des premières familles. De ce fait, il se donne pour devoir de tout mettre en œuvre afin que ce village soit vivable et intégré.

Jose Flecher
jflecher@lenouvelliste.com

Voir en ligne : Le Nouvelliste

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