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Une croissance économique de moins de 1%, table la BRH

mercredi 20 juillet 2016 par Bill

Nous sommes au dernier trimestre de l’exercice fiscal 2015-2016. Dans une note sur la politique monétaire, la Banque de la République d’Haïti (BRH) vient de revoir à la baisse les prévisions de croissance de 3,5% faites par l’Etat, dans un contexte marqué par une raréfaction des ressources publiques, une sécheresse sévère dans le milieu rural et l’attentisme de certains agents économiques, perplexes vis-à-vis du climat sociopolitique.

“La croissance de l’économie devrait continuer à ralentir pour s’établir en deçà de 1%”, avertit la dernière note sur la politique monétaire de la Banque de la République d’Haïti. Selon la banque centrale, l’activité économique dans le pays n’aura pas été à la hauteur des prévisions de 3,5% de croissance, avancées par l’Institut haitien de statistique et d’informatique (IHSI), en début d’année.

Si cette prévision des autorités monétaires se confirme, la croisance du Produit Intérieur brut (PIB) d’Haïti continuera sa perte de vitesse pour la troisième année consécutive. Après avoir enregistré un taux de croissance exceptionnelle au lendemain du séisme de 2010, soit 5,5% en 2011, l’économie haitienne semble définitivement avoir raté le momentum, accusant des taux de progression beaucoup plus bas : 2,9% en 2012, 4,3% en 2013, 2,8% en 2014 et 1,7% en 2015.

L’État investit moins.

Le maigre taux de croissance de moins de 1% prévu par la BRH est basé, selon les services spécialisés de l’institution, sur l’hypothèse de la faiblesse de la demande globale, observée notamment à travers la baisse des dépenses d’investissement public. L’État haïtien souffre cette année en effet du tarissement de deux de ses sources de financement majeures : le Fonds PetroCaribe et l’aide internationale. Il faut noter que ces deux sources externes connaissent une chute drastique depuis quelques années.

Les flux du Fonds PétroCaribe sont passés de 320 millions de dollars américains en 2014 à 164 millions en 2015. Alors que les flux de l’assistance internationale sont passés de 1 milliard de dollars à 488 millions de dollars en 2015.

Le vide laissé par cette baisse de financement extérieur ne pourra être comblé par les recettes de l’Etat, jusque-là en-deça des espérances. “ Le niveau total des recettes collectées du 1eroctobre 2015 au 30 juin 2016, s’est établi à 50294,4 millions de gourdes, soit un taux de perception de 65,1% par rapport au budget initial”, lit-on dans la note publiée le 15 juillet.

L’incertitude sociopolitique plombe les affaires

« Cette évolution des recettes est, quelque part, liée au ralentissement des activités économiques associé au comportement attentiste affiché par certains agents économiques au regard du contexte socio-politique », explique plus loin la BRH.

L’environnement des affaires au troisième trimestre aurait particulièrement subi les effets négatifs de l’instabilité sociopolitique. « Les recettes collectées par le Trésor public du 1er avril au 30 juin 2016 ont totalisé 15 603 millions de gourdes (MG), soit un repli de 14,6% par rapport au trimestre précédent. » « Parallèlement, les dépenses se sont portées à 17279,3 millions de gourdes contre 19 579,3 millions de gourdes un trimestre plus tôt. Sur l’exercice 2015-2016, les dépenses déjà réalisées ont totalisé 59969,1MG, représentant un niveau d’exécution de 74,3% ».

Les prévisions de croissance des autorités monétaires s’appuient aussi sur la rationalisation des dépenses de l’Etat à travers le programme du Cash management. Ce programme “devrait limiter la marge de manœuvre du gouvernement en matière de dépenses publiques en supposant que les facteurs saisonniers seraient défavorables à une bonne performance des recettes fiscales sur le dernier trimestre de l’exercice 2015-2016”, lit-on dans la note.

La sécheresse provoque une hausse de l’importation

Le ralentissement de la croissance économique prévu par la BRH s’explique par ailleurs par la faible récolte de la campagne agricole de printemps. « L’offre alimentaire locale continue de pâtir des conséquences de la sécheresse qui a affecté le volume des denrées récoltées à hauteur de 50 % selon la Coordination nationale pour la sécurité Alimentaire (CNSA). »

La reprise des activités de construction et industrielles au troisième trimestre de l’annéee n’a pas suffi pour compenser ce manque à gagner dans la production nationale. Les branches industrielles et de construction, boostées par une augmentation de crédit aux industries manufacturières, ont en effet enregistré un regain de dynamisme suite à la baisse en 2e trimestre causé par le climat sociopolitique défavorable.

« Après avoir baissé respectivement de 2,3 % et 2,7 % au deuxième trimestre 2016 sous l’effet des incertitudes liées à la situation sociopolitique, les Indices de la production industrielle (IPI) et de l’Activité de construction (IAC) auraient enregistré une croissance positive au troisième trimestre », précise la note.

Le déficit dans l’offre alimentaire a été compensé plutôt par une augmentation des produits importés dans certains marchés, ce qui a contribué à la détérioration de la balance commerciale lors du troisième trimestre, informe le document de la BRH.

Dans une autre perspective, un taux de croissance de moins de 1% cette année réduirait davantage les probabilités pour Haïti d’atteindre son objectif à long terme de devenir une économie émergente d’ici 2030.

Voir en ligne : Source le Nouvelliste

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