Haiti Numérique - La revue des Affaires. Economie, Finances et Nouvelles technologies

Quand l’aide humanitaire devient un marché compétitif

mercredi 8 août 2012 par Bill

Les fonds à vocation humanitaire totaliseraient près de 600 milliards de dollars, à elle seule la Fondation Gates y contribue à hauteur de 70 milliards, selon le journaliste français Morgan Bourven. L’aide humanitaire tend à devenir un marché où les ONG se battent pour leurs parts. C’est l’avis d’un ancien directeur de Médecins sans frontières (MSF)...

« L’humanitaire est un marché au sens le plus factuel du terme », a indiqué l’ancien directeur de Médecins sans frontières, Rony Brauman, dans un article publié ce mardi 7 juillet sur le site d’information Atlantico. Pour lui, les ONG s’adonnent à une double gestion. « Il y a des donateurs, qu’ils soient institutionnels ou privés, des actions à mener et des vitrines publiques à conquérir et entretenir », a-t-il fait savoir, ajoutant que le domaine de l’aide internationale privée prend une allure de marché concurrentiel où les ONG se bousculent pour avoir accès aux donateurs et aux médias.

Selon l’ancien patron de MSF, l’important devrait être que l’action ne soit pas déterminée par les critères du marché, mais par les besoins de la population. « Cela demande un examen fin, au cas par cas », a-t-il fait remarquer. Mais pendant son règne, il a vu tout autre. « Parfois, c’est l’emballement collectif qui détermine la priorité des besoins », regrette M. Brauman dans cet article intitulé « Les ONG humanitaires ne sont-elles plus qu’un business ? ».

Pour prouver ses propos, Rony Brauman a cité comme exemple le tsunami qui s’était produit en Asie du sud-est, en décembre 2004. « Le Sri-Lanka et l’Indonésie étaient devenus les endroits où il fallait se montrer, peu importait ce qu’on y faisait », dénonce le médecin, indiquant que ce sont des moments où l’humanitaire ne perd pas son âme mais la tête.

Depuis le tremblement de terre du 12 janvier 2010 en Haïti, une pléthore d’ONG incontrôlables s’installent dans le pays et ont déjà dépensé plusieurs milliards de dollars. Sans grand impact. En effet, l’Observatoire des politiques publiques et de la coopération internationale (OPPCI) avait dénoncé, en juillet dernier, la responsabilité des ONG dans l’aggravation de la crise du logement en Haïti. « Plus qu’à une refondation sociale, nous assistons aujourd’hui à une crise du logement, avec environ 500 000 habitats manquants à Port-au-Prince », a souligné OPPCI, indexant les ONG qui s’étaient donc attribuées la responsabilité de reloger les Haïtiens.

Commentant l’article du journaliste Morgan Bourven, un internaute a témoigné : « J’ai été envoyé autrefois par de grandes organisations humanitaires françaises dans divers pays, dont Haïti, et je n’ai pas de raison de penser que le système ait beaucoup évolué… Le but apparent étant que vous ne soyez pas capable de comprendre la situation, les enjeux, et ce que vous allez y faire vraiment... et lorsqu’au bout de quelques mois vous commencez à percevoir certaines réalités, vous devenez un gêneur que l’on rapatrie d’urgence en métropole !... Haïti est un pays magnifique, mais ce que j’allais y faire vraiment, je ne le sais toujours pas ! »

Carlin Michel

Voir en ligne : Lenouvelliste.com

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