Haiti Numérique - La revue des Affaires. Economie, Finances et Nouvelles technologies

Nécessité d’investir dans les infrastructures portuaires nationales

jeudi 27 septembre 2012 par Bill

Les dépenses publiques confinées dans le budget sont de deux types : les dépenses courantes ou de fonctionnement et les dépenses de capital ou d’investissement. La distinction est importante pour étudier l’impact des interventions publiques sur la croissance économique. À part faire fonctionner l’appareil étatique, les dépenses courantes ne contribuent pas beaucoup (sinon pas du tout) à l’augmentation du taux de croissance économique, donc à l’accroissement du bien-être collectif, contrairement aux investissements dans les infrastructures publiques.

Toute l’essence du débat néokeynésien se situe à ce niveau : quel type de dépenses doit engager l’État ? Réponse : celles qui font augmenter le stock de capital public que représentent les infrastructures publiques.

Par exemple, les conseillers économiques de l’administration du président Barack Obama, pour justifier leur plan de relance économique en 2008, argumentaient qu’un dollar investi en infrastructures - santé, éducation et autres projets publics,- génèrerait environ 1,57 dollar de produit intérieur brut (PIB) supplémentaire. Pour eux, c’était le meilleur moyen de relancer l’économie américaine et de créer des emplois dans un contexte de grande récession. Ainsi, le décollage économique et la création d’emplois prônés par nos dirigeants doivent passer par des investissements publics, notamment dans les infrastructures portuaires, routières et aéroportuaires.

Si l’administration du président René Préval avait réalisé d’importants efforts pour réaliser le maillage routier national, le chantier portuaire n’a pas encore été correctement mené. Quant au développement aéroportuaire, en général, il s’ajuste au fur et à mesure que les pays se développent. Contrairement aux infrastructures portuaires qui peuvent servir de catalyseur au processus de développement économique, il importe donc pour l’État haïtien d’investir dans les infrastructures portuaires qui jouent un rôle important dans l’amélioration du climat des affaires. Et comme le rapport Doing Business 2012 de la Banque mondiale l’a permis de déduire, les pays disposant d’un cadre attrayant des affaires ont une probabilité plus importante d’enregistrer des taux de croissance économique élevés.

Pour booster la croissance économique

Outre ces potentiels impacts macroéconomiques, le nouveau directeur général de l’Autorité portuaire nationale (APN), l’ingénieur Alix Célestin, fait remarquer que les ports ne doivent plus être considérés uniquement comme de simples lieux de transit et de passage de marchandises, il faut les considérer comme des éléments de politique de déconcentration, de décentralisation et des pôles de développement régional intégré. Ainsi, un projet de modernisation du secteur portuaire est un élément de politique de développement économique.

D’après M. Célestin, un tel projet doit tenir compte de quatre principaux éléments :

1- l’érection et la réhabilitation de débarcadères, de ports de plaisance, de ports touristiques et de transbordement. Ces aménagements doivent contribuer à la dynamisation de l’exploitation du transport maritime entre les villes côtières haïtiennes pour combler les déficiences du maillage routier. Ils faciliteront également le développement des voies maritimes pour améliorer et fluidifier le transport de marchandises et des passagers dans des conditions sécuritaires à un coût minimum ;

2- la formation et la sensibilisation à l’importance du secteur portuaire et maritime. Car, avec plus de 1 500 km de côte, il paraît anormal aux yeux de l’actuelle équipe de l’APN que les Haïtiens s’intéressent si peu à la mer et que les activités y relatives soient sous-exploitées à ce point. Ce manque d’intérêt, dû en grande partie à la méconnaissance des secteurs portuaire et maritime, justifie la création récente par l’APN du Centre d’information et de documentation portuaire (CIDOP) avec la mission de créer des incitations chez les jeunes, particulièrement les étudiants pour les activités et les métiers de la mer.

À côté de la sensibilisation des jeunes aux métiers portuaires et maritimes, le CIDOP a aussi pour vocation, la vulgarisation des activités de l’APN, la promotion de la place portuaire et des projets conçus pour son développement. Ce centre sera également le lieu privilégié des échanges avec la presse et le secteur des recherches au niveau universitaire. La prochaine étape de ce projet créera des écoles maritimes afin de développer une véritable culture maritime haïtienne ;

3- l’adaptation des NTIC au secteur portuaire. Puisque, modernisation oblige, l’APN doit pouvoir répondre aux nouvelles exigences de l’heure en faisant notamment face aux grands défis technologiques, économiques et financiers. Il lui faut mettre les nouvelles technologies de communication et de l’information (NTIC) au service du secteur portuaire. Ce qui requiert une synergie des principaux acteurs et partenaires de la communauté portuaire afin d’aider à baisser le coût de passage portuaire des marchandises et, par voie de conséquence, le coût de la vie ;

4- la création d’une unité commerciale. Selon M. Célestin, l’APN doit être gérée comme une entreprise commerciale qui doit diversifier ses sources de revenu traditionnelles en recherchant de nouvelles niches d’activités créatrices de valeur comme l’immobilier, les zones franches, le parc industriel, etc.

M. Alix Célestin affirme haut et fort la vision de la nouvelle équipe : « Les ports d’Haïti doivent jouer le rôle d’accélérateur de la croissance économique. Le développement du réseau portuaire à l’échelle nationale doit intégrer le concept plus général de réseau maillé, en synergie avec tous les autres réseaux afin de participer pleinement au développement socio-économique du pays. »

Les travaux d’agrandissement du canal de Panama vont intensifier le passage de fret maritime au large des côtes de la République d’Haïti et le gouvernement, poursuit M. Célestin, devrait accompagner l’APN dans sa quête de partenariat pour accommoder les retombées de ce flux de marchandises qui doivent être transbordées sur de plus petits navires. Et l’ingénieur de poursuivre : « Il est nécessaire de mettre les infrastructures portuaires en adéquation avec le flux de fret maritime que devrait générer la diplomatie des affaires et la politique d’ouverture de l’administration Martelly/Lamothe.

Cependant, les ressources de l’APN nécessaires à la réalisation de ces projets demeurent insuffisantes. Elle espère recevoir le plein soutien du gouvernement pour mettre en œuvre son plan d’action. A priori, le directeur général ne doute point de ce nécessaire support.

Thomas Lalime

thomaslalime@yahoo.fr


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