Haiti Numérique - La revue des Affaires. Economie, Finances et Nouvelles technologies

Natcom emmène Haïti au Vietnam

dimanche 16 décembre 2012 par Bill

Nguyen Dang Trien, le CEO de la Natcom est, comme tous ses compatriotes vivant en Haïti, d’une simplicité déroutante. Jeune, habillé comme un cadre moyen dans son jean, la voix posée, il répond en anglais à la seule question du Nouvelliste : oui, c’est la première fois que des officiels haïtiens de rang ministériel se rendent au Vietnam.

Le Vietnam détient pourtant l’un des plus gros investissements qui soit en Haïti : la Natcom, ex TELECO, le monopole d’état et mastodonte du secteur des télécommunications. Il ne le dit pas, mais Trien doit être fier de la mission qu’il conduit. Le Premier ministre Lamothe, les ministres de l’Economie et des Finances, de l’Agriculture, le Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, le directeur général adjoint de la Télévision nationale d’Haïti, le directeur général du Bureau de Monétisation, cela fait du monde et du lourd. Ce voyage historique vise à changer la place que tient ce pays en Haïti.

Le Vietnam, Natcom et sa compagnie mère Viettel, montent un mât suifé en Haïti depuis que les millions de ce pays, nouveau riche de l’Asie du Sud-Est, se sont offerts un matin 60% de la TELECO, ancienne vache à lait des gouvernements passés. « Sans publicité tapageuse, sans relation publique agressive, comptant sur une politique de bas prix et l’efficacité du bouche à oreille, les Vietnamiens tracent leur chemin et résistent à tous les coups, ceux du régulateur du secteur comme ceux de la douane. Chaque formalité est pour eux un calvaire et l’administration haïtienne, propriétaire à 40 % de la compagnie, ne leur fait pas de cadeau. De l’administration Préval à celui de Michel Martelly, ils sont invisibles, méprisés presque », estime un cadre qui a travaille sur les dossiers de la compagnie pour l’Etat haïtien.

La langue, les coutumes, la distance, le mode de gestion, la philosophie, les ambitions des Vietnamiens, tout déroute les Haïtien qui ne comprennent pas trop bien la place que cette compagnie veut avoir sur un marché encombré. Depuis, Haitel et Voilà ont disparu, et Natcom est la seule à contester la suprématie de la Digicel avec une stratégie des petits pas et de la fourmi qui déplace une montagne. Le Vietnam c’est aussi des façons de faire différentes et cela marche. Les chiffres ne sont pas officiels mais la Natcom détiendrait un portefeuille de plus d’un million de clients. Son service internet a une très bonne réputation.

L’implication et l’abnégation des Vietnamiens suscitent le respect des étudiants comme de l’homme de la rue qui les regarde vivre sans complexe comme des Haïtiens débrouillards. C’est la Natcom, compagnie vietnamienne, qui va ouvrir les chemins de l’Asie du Sud-Est au gouvernement haïtien. Natcom, c’est Vietel, c’est l’Armée vietnamienne, propriétaire de fait de l’entreprise, c’est le gouvernement du Vietnam dans son essence. Dans la corbeille des nouvelles relations, il y aura du riz, pas sur le cortège de la délégation haïtienne, mais dans les assiettes haïtiennes et ce à un bon prix, si tout se passe selon les souhaits du Premier ministre.

La ministre de l’Economie et des Finances espère quand à elle des investissements directs étrangers venant du Vietnam pour Caracol. « Ils savent s’y prendre pour la sous-traitance. Nous pouvons faire affaire avec eux, dit la ministre à la veille de laisser les Etats-Unis pour Hanoi. Dans un cadre plus global, le Vietnam a une coopération sud-sud efficace et forte avec Cuba, notre voisin et bon ami, rien n’indique qu’il en sera de même avec nous, mais rien ne l’empêche non plus. De la téléphonie cellulaire à la diplomatie, il n’y a qu’un voyage que le Premier ministre Laurent Lamothe s’apprête à faire grâce à Natcom.

Frantz Duval

duval@lenouvelliste.com


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