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Le prochain budget : objet de toutes les tractations

vendredi 20 avril 2012 par Bill

Le Parlement a enclenché le vote du budget 2011-2012. La Chambre des députés a déjà livré son verdict. Certaines modifications ont été apportées au document qui, pour l’heure, est au Sénat. Si le Grand Corps ne formule aucune objection, le pays devrait être doté d’un nouveau budget dans les prochains jours

Le Parlement a enclenché le vote du budget 2011-2012. La Chambre des députés a déjà livré son verdict. Certaines modifications ont été apportées au document qui, pour l’heure, est au Sénat. Si le Grand Corps ne formule aucune objection, le pays devrait être doté d’un nouveau budget dans les prochains jours.

Les enjeux politiques semblent dépasser toutes les considérations techniques. Les députés se sont emballés et ont voté. Toutefois, de nombreuses zones d’ombre inquiètent certains secteurs de la vie nationale, notamment la société civile. Ainsi donc, l’Initiative citoyenne (ISC) a formulé certaines recommandations, une manière d’inscrire le budget dans un projet de développement inclusif, qui prend en compte les réalités sociales dans toutes leurs dimensions.

« Le développement ne dépend pas de caprice ou de favoritisme politique mais de certains choix rationnels en harmonie avec le plan prévu pour chaque région », soutient le directeur exécutif de l’ISC, Rosny Desroches. Ainsi, les objectifs clairement formulés par le gouvernement, construits suivant les promesses faites lors de la période de campagne, doivent y être matérialisés. Le budget est l’outil de mise en œuvre de ces promesses, malgré la contrainte économique. Il doit refléter les revendications des différentes couches sociales du pays.

Antoine Rodon Bien-Aimé ne voit aucune anomalie dans le fait que le budget soit voté à la fin de l’exercice fiscal, et que, sous peu, un autre soit soumis au vote de ses pairs. C’est un outil politique, a-t-il martelé. Par ailleurs, le député Bien-Aimé plaide pour le renforcement des institutions de collecte de taxes afin d’élargir l’assiette fiscale et de mieux se munir pour résoudre les problèmes du pays. Plus qu’un budget, c’est également un instrument politique qui est en train d’être mis à la disposition du pouvoir. C’est en tout cas ce qu’a expliqué le député.

Harmonisation des objectifs
Les cinq « E » chers à M. Martelly et qui sont les pierres angulaires de son quinquennat n’ont pas été, au goût de M. Desroches, matérialisés dans leur totalité au sein du budget. L’éducation a eu la part belle avec environ 16 % du budget, ce qui représente une avancée considérable. Les autres secteurs, mis à part l’environnement, sont une fois de plus négligés. Cependant, il faut noter que cette grande fraction du budget qui a été allouée au secteur éducatif est due à l’intronisation du Fonds national de l’éducation (FNE).

Cette décision soulève de nombreux débats et fait planer des doutes sur le vote des parlementaires, qualifié d’obscur par certains. En effet, le budget aurait fait l’objet de marchandages politiques à la Chambre basse et serait une des conditions pour la ratification de M. Lamothe. Rappelons que la loi devant normaliser cette taxe n’a pas encore été votée au Parlement. Elle demeure donc illégale. C’est en tout cas ce qu’ont clamé les membres de la commission Finances du Sénat, depuis le lancement des collectes de ce fonds par le président de la République.

L’environnement est également au vert dans le budget. Ce ministère a vu sa quote-part augmentée de près de 200 %. Mais en ce qui a trait à l’État de droit, qui, de l’avis de nombreux spécialistes, doit précéder tous les autres « E », il faudra encore attendre, puisqu’aucune mesure concrète n’a été prise pour initier la réforme qui doit remembrer le pouvoir judiciaire. La lenteur complice observée dans l’installation du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire est un exemple probant.

Pour l’emploi, Haïti va devoir également attendre avant de décoller. Avec l’insécurité grandissante, la situation de l’emploi risque d’empirer. S’il est vrai que le gouvernement fait état de la création de 500 mille emplois, de manière détaillée dans tous les secteurs à fort potentiel comme l’agriculture, la construction et autres, aucun chiffre n’a été avancé pour étayer ces envolées théoriques. Monsieur Desroches estime qu’on doit fournir des informations supplémentaires afin de clarifier les domaines de création de ces emplois.

Près de la moitié de l’année fiscale s’est déjà écoulée. Le gouvernement qui vient n’aura aucun autre choix que celui d’appliquer ce budget tel qu’il est. Cependant, constate Desroches, une bonne partie du budget ne sera pas exécutée. Pourtant, le prochain doit être soumis à partir du mois de juin. Malgré le penchant du pouvoir Martelly à courtiser les investisseurs étrangers, la nation doit patienter avant de souffler. Les grandes lignes du budget ne permettent pas de grands espoirs.

Cette loi de finance apparaît donc comme un budget intermédiaire. Le gouvernement, par rapport aux priorités du pouvoir Martelly, n’est pas convaincant. Bien que des objectifs aient été fixés aux différents ministères, aucun chiffre ne vient non plus supporter et valider leurs projets, déplore Rosny Desroches. Les objectifs des ministères sont exprimés en des termes purement littéraires, agite-t-il. « Ce sont des vœux pieux. »

Les recommandations sont acheminées au Parlement, mais avec les négociations et tractations politiques, lesquelles furent confirmées par Antoine Rodon Bien-Aimé, elles ne seront probablement pas prises en compte. En tout cas, le prochain budget, d’après le ministre des Finances, rapporté par Rosny Desroches, sera axé sur des résultats chiffrés, concrets, qui ne répondent plus à une simple volonté de transiter d’une année financière à une autre.

Lionel Edouard

doulion29@yahoo.fr

Voir en ligne : www.lematinhaiti.com

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