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IHSI - Construction de l’Indicateur conjoncturel économique (ICAE-Haïti

L’IHSI est en passe d’accoucher d’un nouvel indicateur économique

jeudi 27 février 2014 par Bill

Ce mercredi 26 février 2014, sous la houlette de l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI), s’est tenue à l’hôtel Le Plaza une journée complète de travail sur la construction de l’Indicateur conjoncturel économique (ICAE-Haïti).

« Cette journée de travail a pour objectifs de présenter aux institutions partenaires, à travers leurs représentants […], l’état d’avancement du processus de l’ICAE, de partager avec eux les difficultés rencontrées, les défis à relever, d’essayer éventuellement de trouver ensemble des solutions appropriées et d’identifier les étapes restant à parcourir », a fait savoir d’entrée de jeu Harry Salomon, directeur de la direction des statistiques économiques à l’IHSI, dans son allocution de circonstance devant un parterre de cadres de la fonction publique notamment.

Cet atelier de travail rentre dans le cadre d’une collaboration Sud-Sud de l’IHSI avec la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC) ainsi que l’Institut national de statistique et de géographie du Mexique(INEGI) qui date depuis septembre 2011. A l’époque, la première mission conjointe INEGI-CEPAL en Haïti a été menée afin de rencontrer les représentants de l’IHSI en vue d’effectuer un diagnostic permettant, entre autres, de savoir l’état de la situation en matière d’élaboration de statistiques.

L’Indicateur de la conjoncture d’activité économique (ICAE-Haïti) est un outil de statistique qui va permettre de suivre à très court terme l’évolution du secteur réel de l’économie. Selon ses concepteurs, l’ICAE « est un indicateur unique, global, composite qui renseignera à court terme sur l’évolution du produit intérieur brut (PIB) ».

« C’est une activité dans laquelle nous croyons dans la mesure qu’elle permet au pays, aux autorités et à d’autres acteurs institutionnels des prises de décision, des prises d’information sur l’évolution de l’économie », a renchéri Randolph Gilbert, point focal et coordonnateur pour Haïti au sein de la CEPALC dont le bureau central se trouve au Chili. Ce type d’indicateur, nous apprend Randolph Gilbert, est très utilisé en Amérique latine par les autorités monétaires et de finances publiques et par les agents économiques en général sous des appellations diverses : Indice global d’activités économiques (IGAE) au Mexique, Indice mensuel d’activités économiques (IMAE) au Chili et en République dominicaine, etc.

Contrairement aux pays où cet indicateur est calculé mensuellement, dans le cas d’Haïti, tenant compte du délai de disponibilité des statistiques de base sectorielles, l’ICAE sera calculé trimestriellement.

« Deux ans après, j’aurais bien aimé que cette journée de travail soit de préférence une séance de restitution au cours de laquelle l’IHSI et ses partenaires -CEPALC et INEGI- vous présenteraient la première publication de l’ICAE », a déploré Harry Salomon, mettant ce retard accusé dans le processus de mise sur pied de l’ICAE sur le compte de la lenteur des autres acteurs impliqués dans son élaboration. Un document-guide distribué pour l’occasion aux participants fait état de plusieurs secteurs ou institutions clefs pour lesquels les démarches entreprises pour obtenir les informations de base n’ont pas fourni de résultats satisfaisants. Il s’agit du secteur des télécommunications (CONATEL), des bâtiments et travaux publics (MTPTC), de la santé (MSPP), de l’éducation (MENFP), de l’eau (DINEPA), etc.

Les données conjoncturelles sur l’agriculture ne sont pas encore disponibles, mais les directions générales de l’IHSI et du MARNDR ont mis en place un comité technique conjoint pour réfléchir sur une méthode d’estimation de la production agricole sur une base trimestrielle.

La disponibilité régulière des données de base est une condition sine qua non au calcul de l’ICAE, tiennent à rappeler, unanimes, tous les intervenants au cours de cette journée de travail. De plus, sans les données sectorielles compilées ou produites par les autres institutions partenaires, l’ICAE ne pourra pas voir le jour en Haïti.

L’importance de l’ICAE pour le pays n’est plus à démontrer car son calcul constituera une étape importante dans la mise en chantier des comptes nationaux trimestriels qui sont très sollicités à la fois par les autorités locales et les organisations internationales. Mais plusieurs cadres de l’IHSI admettent à contrecœur le fait que tous les acteurs concernés par cet indicateur n’ont pas encore saisi la pleine mesure de sa pertinence.Ce qui aurait aplani considérablement les contraintes et difficultés jusque-là rencontrées.

« Sans la collaboration effective des autres organismes du système, l’IHSI, qui se trouve souvent en aval, éprouve beaucoup de difficultés pour bien remplir sa mission », note-t-on dans ce document. Toutefois, Maria de Lourdes Mosqueda Gonzalez, directrice des données à court terme et régionales à l’INEGI, pour sa part, ne retient que deux principaux défis dans sa collaboration avec l’IHSI pour la construction de l’ICAE : le défi linguistique (elle est hispanophone tandis que les coopérants haïtiens de l’IHSI sont francophones) et le fait que cette collaboration ait été entamée durant la période post-séisme.

Au-delà de ces défis susmentionnés, Harry Salomon a fait savoir que plus de 80% du chemin a été parcouru. Le rapport d’étape de la construction de l’indicateur, présenté en deux temps à tour de rôle par trois cadres de la direction des statistiques économiques, dont Jean-Donald Renélic, assistant directeur de cette entité, fait mention de 14 secteurs que couvre l’ICAE. Ces secteurs sont, entre autres, l’agriculture, les mines et carrières, l’industrie, le commerce, l’énergie, l’eau et le transport. La présentation de ce rapport prend en compte les objectifs poursuivis par l’indicateur, les données de base utilisées, les méthodes de calcul ainsi que l’évaluation de chaque secteur.

A noter que l’agriculture a été le seul secteur à avoir présenté, via la Coordination nationale pour la sécurité alimentaire (CNSA), son modèle d’évaluation de la sécurité alimentaire en Haïti.

On retiendra surtout que la construction de ce nouvel indicateur économique fait partie de la dynamique de réforme dans laquelle l’IHSI s’est engagé depuis quelque temps. L’objectif de cette réforme est, entre autres, d’augmenter la capacité de l’IHSI à collecter, produire, analyser et diffuser des statistiques économiques fiables et opportunes permettant aux décideurs politiques et aux agents économiques de mieux appréhender les phénomènes économiques et de bien orienter leurs décisions.

Ainsi, l’élaboration de statistiques économiques fiables, régulières et actuelles pour prévoir et suivre l’évolution des grandes tendances de l’économie réelle du pays requiert l’effort de toutes les institutions : qu’il s’agisse des producteurs ou utilisateurs de données statistiques. Tel est le message qu’a voulu faire passer l’IHSI ce mercredi 26 février 2014 lors de cette journée de travail autour de la construction de l’ICAE.

Patrick SAINT-PRE
sppatrick@lenouvelliste.com

Voir en ligne : Le Nouvelliste

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