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Haïti : hausse des investissements dans le secteur agricole

vendredi 27 avril 2012 par Bill

Haïti : L’agriculture reste un secteur clé pour Haïti où la moitié de la population vit dans les zones rurales. La Banque interaméricaine de développement (BID) soutient, en partenariat avec d’autres bailleurs de fonds, le plan national agricole du gouvernement haïtien qui vise à s’attaquer aux problèmes structurels. Les données de la BID sur le secteur et l’expérience accumulée au cours des années précédant le séisme donnent à l’institution un avantage comparatif pour faire de l’agriculture une priorité pour les quatre prochaines années.

À l’heure actuelle, le portefeuille agricole de la BID en Haïti comprend des projets totalisant 200 millions de dollars. Les interventions sont essentiellement concentrées sur les premières régions agricoles du pays, l’Artibonite et le Nord. Les projets vont des investissements en infrastructures pour l’irrigation et la prévention des inondations jusqu’aux subventions promouvant les transferts de technologie, les pratiques agricoles durables ou encore l’amélioration des services agricoles, tels que les contrôles phytosanitaires et la régularisation de la propriété foncière.

Depuis le séisme, le FOMIN, une entité de la BID, a également cherché des moyens innovants pour faire progresser la production agricole et les revenus. Il a établi d´importants partenariats pour soutenir les programmes concernant deux produits valorisés : les mangues et le café. Dans le premier cas, un partenariat s’est developpé avec Coca-Cola, l’USAID et l’ONG TechnoServe afin de former près de 25 000 agriculteurs, qui leur permettra de doubler leurs revenus. En ce qui a trait au café, le FOMIN appuie un projet cherchant à rétablir le pays en tant que grand producteur et exportateur de première qualité. Le programme compte sur le soutien de l’Agence française de développement (AFD), de Nestlé, d’Agronomes et vétérinaires sans frontières ainsi que sur celui de la Fédération des producteurs de café colombiens.

Protéger le grenier haïtien

Dans la vallée de l’Artibonite -première région agricole du pays- la BID a longtemps soutenu un programme visant à dynamiser la culture des produits de base comme le riz ou les légumes. La plupart des investissements ont été destinés à protéger, réhabiliter ou étendre le réseau d’irrigation de la région, qui est le plus vaste du pays. Au cours des deux dernières années, les interventions ont eu pour effet d’augmenter la superficie irriguée de 5 000 hectares pendant la saison sèche et de 7 000 hectares pendant la saison des pluies. Cela permet notamment à plus de 10 000 agriculteurs d’avoir deux récoltes par an.

« De plus, les réparations effectuées sur les berges des rivières ont assuré la protection d’environ 10 000 hectares, soit près d’un tiers de la superficie irriguée de l’Artibonite », indique Marion Le Pommellec, spécialiste en développement rural à la BID et chef d’équipe du programme. « Les travaux actuellement en cours visent à renforcer le barrage Canneau, ce qui assurera la protection de l’ensemble du système », ajoute-t-il.

Avant le séisme de 2010 le programme avait financé la construction d’un pont de 86 mètres au-dessus du canal de dérivation de la rivière Salée, laquelle déborde d’habitude à chaque saison des pluies, coupant ainsi une communauté d’environ 40 000 personnes du reste de la vallée.

Le programme a également soutenu la réhabilitation d’une usine de transformation de riz tout en quadruplant sa capacité. L’usine fournit des semences sélectionnées aux agriculteurs locaux pour une progression soutenue des rendements. La recherche appliquée ainsi que l’assistance technique financées par le programme et toutes deux appuyées par une mission technique de Taïwan pour introduire de nouvelles techniques agricoles ont montré que la production peut plus que tripler sur des parcelles expérimentales en fonction de la variété de riz cultivée et des engrais utilisés.

Petit barrage, grand impact

Des décennies de déforestation et de dégradation des sols ont ravagé le bassin versant d’Ennery-Quinte. Mais un projet d’intensification agricole financé par la BID applique désormais plusieurs méthodes pour atteindre une hausse significative de la productivité dans ce milieu rural. D’après Bruno Jacquet, spécialiste en développement rural, basé à Port-au-Prince, l’une des techniques les plus prometteuses semble être la construction de microbarrages.

C’est pourquoi le programme construit désormais des petits barrages le long du lit des ravins en utilisant de gros rochers et du ciment. Pendant la saison des pluies, l’eau s’accumule derrière le mur de rétention et les sédiments se déposent dans le lit de la rivière. En moins d’un an, de petites parcelles de sol ainsi enrichies ont permis aux agriculteurs de planter des denrées à haute valeur ajoutée telles que haricots, taro ou plantains. Au fil des saisons les régions fertiles continuent à s’étendre. Les agriculteurs peuvent désormais utiliser une partie de leurs revenus supplémentaires pour planter des haies vives et des arbres sur les côtés des ravins pour protéger leurs terres.

Cette technique, testée d’abord par des spécialistes français en Haïti, est actuellement généralisée dans le cadre du projet. La BID a financé la construction de 26 microbarrages à Ennery-Quinte sur les 150 prévus au total. Compte tenu de la rapidité et la réussite de l’impact environnemental de ces investissements (chaque microbarrage coûte en moyenne US $ 5 000), Jacquet annonce que la BID reproduira l’expérience dans trois autres bassins fluviaux où des programmes de gestion des bassins versants sont déjà financés.

Certaines des autres réussites à Ennery-Quinte sont : l’amélioration de 50 000 manguiers grâce à des greffes, la construction de 400 citernes pour récupérer l’eau de pluie, un programme pilote visant à créer des bons pour semences, la plantation de plus de 1 million d’arbres fruitiers et à bois d’oeuvre dans tout le bassin versant.

L’effort de reboisement doit être renforcé avec d’autres mesures concernant la gouvernance locale. Comme par exemple, convaincre les agriculteurs pour qu´ils attachent leurs vaches et chèvres afin de les empêcher de manger les jeunes pousses ou pour qu’ils s’abstiennent de brûler les tiges afin de défricher des terres agricoles. Jacquet souligne qu’il sera nécessaire d’introduire des méthodes alternatives telles que la culture de fourrages pour nourrir le bétail ou l’adoption de l’agriculture sur couverture végétale, qui permet de préserver le sol.

Alertes précoces en cas d’inondation

Étant donné sa nature montagneuse et le fait qu’elle soit exposé aux ouragans et tempêtes tropicales, Haïti souffre fréquemment de crues soudaines et de glissements de terrain. En se protégeant face à de telles menaces qui peuvent coûter la vie à des milliers de personnes, le gouvernement haïtien a terminé en 2011 l’installation d’un système d’alerte précoce couvrant 32 municipalités sur 13 bassins versants à risque élevé. Ce réseau semi-automatique a été implanté en tant que mesure-phare dans le cadre du programme de prévention des catastrophes financé par la BID.

Un réseau de 52 stations de surveillance à distance collecte des données telles que les précipitations ou le niveau des rivières. Quand le risque d’inondation est signalé, les capteurs électroniques transmettent l’information à un centre de contrôle. Une fois informé, celui-ci relaye à son tour l’alerte aux différents organismes impliqués dans la protection civile. Les membres d’une équipe inter-agences peuvent alors activer 47 sirènes d’alarme placées dans des zones habitées à haut risque. Les sirènes peuvent émettre trois sons différents : un pour les simulations, un pour l’approche des tempêtes et un pour les inondations.

Dans le cadre de ce projet, une cartographie des risques et des plans d’évacuation a été établie pour les 32 municipalités couvertes par le système. Ces cartes identifient les zones susceptibles d’être inondées et les lieux où les habitants peuvent trouver refuge. Parallèlement, les autorités locales et les comités de la protection civile ont reçu une formation pour agir correctement en cas d’alerte.

Comme le souligne Gilles Damais, spécialiste en développement rural de la BID, bien qu’aucune annonce d’inondation n’ait été faite en 2011 pendant la saison des ouragans, le système d’alerte précoce a néanmoins d’ores et déjà été utilisé pour avertir la population de l’approche de deux tempêtes tropicales qui ont touché Haïti. Les capteurs seront, quant à eux, calibrés au fil du temps sur la base des informations générées par l’équipement de surveillance. Cela permettrait par exemple d’automatiser le lancement du système d’alarme. Selon Damais, à l’heure actuelle les pratiques internationales recommandent néanmoins de conserver une décision humaine dans le processus, afin de s’assurer que d’autres mécanismes d’intervention d’urgence sont aussi activés lorsque le pire arrive.

Source : BID





Source: fr.exchange-rates.org
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