Haiti Numérique - La revue des Affaires. Economie, Finances et Nouvelles technologies

Frantz Saintellemy : « mettre la technologie et la richesse à portée de tous »

mercredi 20 juillet 2016 par Bill

Des idées pour le développement

Le parcours de l’ingénieur Frantz Saintellemy, diplômé du MIT, peut inspirer des Haïtiens de l’intérieur comme de l’extérieur. Il est arrivé à Montréal à l’âge de 8 ans en provenance d’Haïti. Il va s’établir à Montréal-Nord, un des quartiers pauvres où habitent beaucoup d’Haïtiens et qui ne jouit malheureusement pas d’une bonne réputation auprès des Montréalais. Après avoir réussi sur les plans académique, professionnel et dans les affaires, M. Saintellemy et sa femme Vickie Joseph aident les Haïtiens de son quartier d’enfance à vaincre la discrimination, le racisme, les préjugés et la misère. Il œuvre à mettre la technologie et la richesse à la portée de tous. Portrait d’un Haïtien de la diaspora au parcours exemplaire.

Frantz Saintellemy a fait des études en commerce et marketing à HEC Montréal. Mais il est surtout reconnu pour avoir réalisé des études en technologie au Massachusetts Institute of Technology (MIT), la plus prestigieuse des universités dans le domaine de la technologie. Le MIT est classé numéro un des meilleures universités du monde dans le dernier classement QS World University Rankings. Il s’agit d’un des classements universitaires les plus fiables disponibles. Au MIT, l’ingénieur Saintellemy s’est spécialisé en « complex analog and mixed-signal technologies », en développement de produits complexes, en leadership en ingénierie et en stratégie d’innovation technologique. Il y a également obtenu une maîtrise en gestion de l’énergie. Frantz Saintellemy avait au préalable décroché un diplôme d’ingénieur électrique à l’Université Northeastern à Boston où il s’est aussi spécialisé en « analog and mixed-signal technologies ».

Avec toutes ces spécialisations en main, il intègre le marché du travail avec tous les atouts pour vaincre les préjugés et les discriminations auxquels les immigrants noirs font généralement face. Il cumule aujourd’hui plus de 20 ans d’expérience dans l’industrie électronique allant de la création d’entreprises à la gestion de grandes multinationales. Il a été vice-président exécutif et gestionnaire en chef de la Division automotive et industrielle de la compagnie cotée en bourse dénommée Integrated Device Technology (Nasdaq : IDTI). Cette dernière avait d’ailleurs fait l’acquisition de l’entreprise allemande ZMDI que pilotait M. Saintellemy pour la rondelette somme de 325 millions de dollars américains.

Mais, l’un des points les plus marquants du parcours de Frantz Saintellemy est qu’il vient d’une famille modeste. Sa maman travaillait dans la manufacture à Montréal. Il ne pouvait pas s’adonner complètement à ses études universitaires. Il lui fallait retrouver les moyens de subvenir à ses besoins de base. Les grandes universités du monde n’accueillent pas que des étudiants riches, peut-on en déduire. Pourtant, l’intelligence du petit Frantz pouvait passer inaperçu puisqu’il avait de la difficulté à bien réussir ses études primaires. Fort heureusement, il trouvait sur sa route un professeur haïtien attentionné qui, après avoir remarqué ses talents de leadeur, l’avait accepté dans sa classe afin de l’aider à surmonter ses difficultés d’adaptation causées par sa méconnaissance de la langue française.

Frantz Saintellemy prouve aux jeunes des familles défavorisées qu’ils peuvent, eux aussi, aspirer à mettre les pieds dans les grandes universités américaines et devenir des innovateurs de choix dans leur domaine. Il croit qu’il est possible de s’en sortir dans des quartiers déshérités comme Saint-Michel ou Montréal-Nord mais aussi Cité-Soleil, La Saline…avec de la détermination, de la bonne volonté et un brin de chance. À 27 ans, il était déjà le plus jeune directeur général d’une Division chez Analog Devices (Nasdaq : ADI), unité qui générait un portefeuille de 380 millions de dollars américains. Le fait de travailler parallèlement aux exigeantes études lui a permis de lier la théorie à la pratique et de développer une expertise recherchée sur le marché du travail.

Frantz Saintellemy n’oubliera pas ce jour où, en 2003, il avait reçu l’appel du milliardaire canadien Robert Miller, fondateur de Future Electronics. Il venait à peine de retourner à Montréal quand le richissime homme d’affaires sollicitait ses compétences pour créer la Division Future Lighting Solutions. Celle-ci devait, entre autres, apporter des solutions écoénergétiques pour l’éclairage. L’objectif cadrait bien avec son domaine d’expertise. Il va connaître un immense succès. Aujourd’hui, le chiffre d’affaires de cette Division dépasse largement le milliard de dollars. Mais l’objectif de l’ingénieur Saintellemy était ailleurs. Il voulait tout simplement profiter de la collaboration avec le milliardaire canadien pour ouvrir sa propre entreprise. Là aussi, il n’allait pas tarder à concrétiser ce rêve.

Des produits novateurs Frantz

Saintellemy est aujourd’hui le P.D.G. de la firme Q-Links, spécialisée en « Home Automation », qui développe des produits technologiques d’automation à faible coût et à usage facile pour des particuliers ainsi que pour des petites et moyennes entreprises. Q-Links (http://q-links.ca/en/) développe présentement trois principaux produits : Comfort-Smart, Energy-Smart et Remote Control. Le premier permet au client de gérer de façon efficace ses habitudes de vie quotidiennes tandis que le deuxième lui permet d’utiliser l’énergie de façon efficiente en réduisant les coûts sans compromettre son niveau de bien-être.

La facture énergétique demeure assez salée pour les ménages alors qu’elle pourrait très souvent être réduite de façon substantielle. Le « Remote Control » permet au consommateur de contrôler la consommation énergétique à travers n’importe quel appareil intelligent. Cet instrument aide le client à maintenir des températures adéquates à la maison et au travail à partir de n’importe quel endroit à travers le monde. Voilà pour des exemples de produits très innovants qui devraient intéresser un très large public. Celui-ci inclut également la population défavorisée en Haïti, en Afrique et au Canada, particulièrement à Montréal-Nord. La spécialisation en gestion de l’énergie de l’ingénieur Saintellemy lui a permis de comprendre l’impact de l’énergie dans la vie de tous les jours. Indépendamment du milieu ou du continent de résidence du consommateur.

Frantz Saintellemy est très impliqué dans le social également. Il dirige le Groupe 3737, une institution d’incubation et de promotion d’entreprises et de création de richesses dans le quartier pauvre de Saint-Michel. Il poursuit un objectif très simple : montrer à des jeunes des milieux défavorisés de Montréal-Nord et de Saint-Michel qu’il n’existe pas juste des modèles de gangs de rue ou d’athlètes noirs mais aussi des modèles de gens d’affaires d’origine haïtienne qui ont réussi. Cette réussite peut également leur être accessible. Frantz Saintellemy et sa femme ont déjà investi près de 4 millions de dollars à ce projet qui encadre déjà plus d’une quinzaine d’entreprises. Celles-ci totalisent, en chiffre d’affaires annuel combiné, un total de 14 millions de dollars canadiens. L’investissement de la famille Saintellemy dans le groupe 3737 sera doublé dans un avenir très proche.

Le groupe 3737 qui héberge également Q-Links représente, selon Frantz Saintellemy, tout un mouvement et une philosophie de vie et d’entraide. La majorité des entreprises encadrées appartiennent à des Haïtiens. L’idée de la création du groupe vient du fait que l’accès au financement demeure très difficile pour les nouveaux arrivants. Ces derniers n’ont pas les mêmes assises, les mêmes ressources ni les mêmes connexions que les natifs. Le réseau francophone québécois reste encore très fermé. Il faut connaître les bonnes personnes pour pouvoir profiter des meilleures opportunités. C’est pourquoi Frantz Saintellemy suggère l’utilisation de la technologie et de la mondialisation pour pouvoir bénéficier d’un plus large réseau d’entrepreneurs, de collègues, de clients et d’un accès à un plus large réseau d’investisseurs avertis. Et ce, afin de pouvoir créer de la richesse, quelle que soit son origine géographique, ethnique et sociale.

Les profils de compatriotes de ce genre devraient intéresser au premier plan le ministère des Haïtiens vivant à l’étranger, le ministère des Affaires étrangères et le ministère de l’Économie et es Finances dans le cadre d’un vaste projet d’investissement et de création d’entreprises impliquant des figures emblématiques de la diaspora haïtienne. L’ingénieur Saintellemy voyage régulièrement à travers le monde et rencontre des entrepreneurs de tout acabit. Il vient tout juste de rentrer à Montréal après un séjour de plusieurs semaines à l’étranger.

De nombreuses multinationales parmi les plus connues du monde comptent au moins un Haïtien dans des postes à responsabilités. Comment Haïti profite-t-elle de leur leadership, de leur expertise, de leur réseau et de leur capital social ? Tout semble indiquer qu’ils représentent d’énormes opportunités inexploitées par un pays en quête d’investissements directs étrangers.

Thomas Lalime thomaslalime@yahoo.fr


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