Haiti Numérique - La revue des Affaires. Economie, Finances et Nouvelles technologies

Crédit, plus qu’un souhait...

jeudi 20 décembre 2012 par Bill

Des finalistes du concours Digicel entrepreneur 2012 ont touché la plaie du doigt. Il n’y a pas de crédit flexible pour aider au montage et au développement des entreprises en Haïti. Comme une boutade, une provocation du secteur financier, certains souhaitent que la Digicel s’occupe du crédit. La Digicel a un parti pris pour les entrepreneurs. Des bâtisseurs sans "crédit flexible", des créateurs d’emplois durables dans tous les recoins d’Haïti .

Certains de ces hommes et femmes d’affaires s’expriment, partagent, inspirent, mettent à nu un système financier peu enclin à prendre des risques. Comme Aliette Nelson, gagnante de la catégorie Agroalimentaire du concours Digicel entrepreneur 2012. Son histoire, au gala de la finale nationale, mardi 18 décembre au Karibe, illumine l’assistance, renforce des convictions. Avec 50 gourdes, elle s’était lancée dans les affaires après son retour du Canada. C’est ce qu’elle avait en 2007 pour s’acheter six verres de farine, un quart de litre d’huile d’olive afin de faire des « pate kòde ». « Je suis une marchande de pate kode », raconte fièrement cette mère de deux enfants, chef de « Positivité », une entreprise installée à Béraud (Torbeck) qui emploie une cinquantaine de personnes. Aliette Nelson, « Mme sans complexe », a un credo : « L’adversité contient toujours le ferment d’une nouvelle chance ». Connectée à la difficile réalité des entrepreneurs, elle plaide pour la démocratisation du crédit à des taux d’intérêts moins élevés. Elle est pour plus de flexibilité.

Nelsaint Vil (La Manne eau et jus), Jovenel Dubois (JEDCO), gagnant de la catégorie Environnement, Jean Lionel Pressoir, le Digicel entrepreneur 2012 sont sur la même longueur d’onde. Il faut, outre un crédit flexible, des mesures pour protéger la production locale, les « entrepreneurs réalisateurs », selon Jean Lionel Pressoir.

« L’Etat ne fait pas assez pour protéger la production locale contre l’envahissement des produits venant d’ailleurs », soutient Pressoir, favorable à un rééquilibre de la balance commerciale. Le Digicel entrepreneur 2012 souligne aussi la nécessité que des entrepreneurs constituent des réseaux, des plateformes. Bref, des groupes d’intérêt et de pression pour faire bouger les choses. Dans le bon sens. Le crédit, claironnent des banquiers, est en hausse. Le niveau est passé de 24 % en 2011 à 29 % en 2012.

Quel pourcentage de ce crédit finance les secteurs productifs de l’économie ? Pas assez. C’est logique en considérant le déséquilibre de la balance commerciale. Pas assez en considérant que seulement 10 % de la population en milieu urbain et 5 % en milieu rural a accès au crédit.

« Au 27 juillet 2012, le total des crédits octroyés par le système bancaire est de 49 milliards de gourdes sur des dépôts totaux de 146 milliards de gourdes », selon les infos obtenues d’un banquier en août dernier, qui souligne que 30 à 32 % de chaque gourde déposée à la banque est confiée à la BRH en réserve obligatoire non rémunérée.

En moyenne, les banques prêtent environ 30 % des fonds à leur disposition, poursuit-il, appelant à une baisse du taux de réserve obligatoire non rémunérée perçue par la BRH, assez timide sur le front des crédits à l’industrie avec sa filiale, le Fonds de développement industriel (FDI). La BNC, en termes de liquidité, au 31 mars 2012, dispose de 27,7 milliards de gourdes, la Unibank 17,8, la Sogebank 13,6, Capital Bank 3,3, la Scotiabank 2,7, la Citibank 2,4, la Sogebel 1,9, la BUH 1,6 et la BPH 1,0 milliard, selon ce banquier, citant des chiffres de la BRH. « Tout cet argent, ce n’est pas celui des banques, mais celui des déposants », souligne à l’encre forte ce banquier, arc-bouté aux normes prudentielles face au plaidoyer fait par le président Michel Joseph Martelly.

Six mois après avoir exprimé le souhait que les banques octroient plus de crédits, le chef de l’Etat, au gala Digicel entrepreneurs, semble avoir passé à autre chose alors qu’il s’adressait à un public composé de grands banquiers et financiers de la place. « Osez, prenez une chance », conseille Martelly aux futurs entrepreneurs.

Cependant, au-delà des conseils, l’administration Martelly innove. 25 millions de dollars américains provenant du budget de l’exercice 2012/2013 alimentent un capital risque « pour supporter la création d’entreprises génératrices d’emplois », selon Marie Carmelle Jean-Marie, la ministre de l’Economie et des Finances.

Si ces fonds sont relativement maigres, il est difficile de trouver des PME disposant de 500 000 dollars US de fonds propres pour avoir accès au crédit, comme exigé. « Le tissu industriel est presque inexistant », constate Marie Carmelle Jean-Marie, qui croit que les efforts doivent se poursuivre afin de créer plus d’entreprises de transformation dans le secteur agricole.

Est-ce que les entrepreneurs potentiels dans ce secteur sont au courant de l’existence de ce fonds ? On ne le sait pas. Mais, entre entrepreneurs, la blague se répand : « Donnez la gestion du crédit à la Digicel ». Pourquoi ? « Ses actions sont inclusives », répondent certains. Sans sourciller. « La Digicel lève le voile sur nous, montre nos potentiels. Il est temps que le système fasse ce qu’il faut pour donner du crédit aux entrepreneurs confirmé et à ceux qui se lancent dans les affaires », explique un entrepreneur.

Roberson Alphonse


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