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« Chanje metye, chanje lavi »

mardi 15 avril 2014 par Bill

Pour aider des laveurs de voiture d’hier à « sortir du seuil de la pauvreté », le président de la République, Michel Martelly, de concert avec le Ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST), a remis symboliquement lundi des permis de conduire à 75 jeunes dans le cadre du programme « Chanje metye, chanje lavi ». A partir du mois de mai prochain, « des autobus seront offerts à crédit à chacun de ces gaillards pour enfin en devenir propriétaires au bout d’un délai non encore déterminé ».

Issus de diverses contrées de la région métropolitaine, les bénéficiaires du programme sont heureux. Ils semblent vivre un rêve. Dans la grande salle logée au dernier étage du Centre de formation à l’emploi (CFE), leur patience n’est pas altérée. Il est 16 heures 30 passées. Ils scrutent, les yeux grands ouverts. Ils attendent encore les officiels qui peinent à arriver pour une cérémonie prévue à 15 heures. Ouf ! « Voici le président », susurre un journaliste, lui aussi épuisé d’avoir fait le pied de grue. La salle surchauffe. Michel Martelly est reçu sous une salve d’applaudissements avant de prendre place au milieu de son conseiller spécial Grégory Mayard Paul et du ministre Charles Jean-Jacques.

Ce dernier, l’un des rares ministres qui n’ont pas été jetés comme des kleenex dans le dernier remaniement ministériel, a d’abord indiqué que le CFE, organisme déconcentré du MAST, donne des formations en mécanique, électricité, plomberie, entre autres. « 40 personnes sont actuellement en formation dans la boulangerie du centre », a-t-il précisé, au cours de cette cérémonie marquée par la diffusion d’un court-métrage d’environ cinq minutes qui a retracé tout le processus des six mois de formation des bénéficiaires de la première session du programme « Chanje metye, chanje lavi ».

Le président Michel Martelly, tenue décontractée, toujours boute-en-train, estime d’entrée de jeu qu’il est loisible de ne pas prononcer son discours. Ce qu’il a fait. « J’aimerais, le 14 mai prochain, procéder à la remise des clefs des autobus », a-t-il dit, comme un souhait, invitant la BRH à travailler aussi rapidement que possible pour la matérialisation de ce vœu. Selon le chef de l’Etat, c’est une opportunité que ces jeunes doivent saisir pour changer le cours de leur vie. « Si l’on savait réaliser ces programmes jadis, une grande majorité de la population serait aujourd’hui au-dessus du seuil de la pauvreté », ressasse l’ancien président autoproclamé du ‘’Compas’’ devant des jeunes tout heureux d’ouvrir une nouvelle page de leur existence.

Les jeunes, quelle que soit leur origine sociale, constituent l’avenir du pays. Charles Jean-Jacques le reconnaît. « Aujourd’hui, c’est votre tour, dans quelque temps, ce sera celui de 50 autres jeunes, a-t-il affirmé. Chaque six mois, il y aura une nouvelle session de formation. Et à la fin de chaque session, on va leur faciliter l’accès au crédit afin qu’ils puissent se procurer chacun un autobus ». Quoi de plus d’être solidaires dans un pays en mal de tout ! « Quand vous serez au volant, n’oubliez pas d’embaucher vos camarades », conseille l’ex-directeur de l’OFATMA aux bénéficiaires, au cours de cette cérémonie ponctuée de remerciements accouplés à des propos élogieux envers le chef de l’Etat.

Contrairement à bien d’autres programmes sociaux de l’administration Martelly/Lamothe, celui-là, pas encore à point dans toutes ses dimensions, semble pourtant permettre aux bénéficiaires de miroiter déjà ses fructueuses retombées. « Après 15 années passées dans les parages du Bicentenaire à épousseter des voitures pour survivre, je suis plus qu’ému aujourd’hui de sortir de la mendicité et qu’en mai, j’aurai un autobus qui me permettra de joindre les deux bouts décemment », s’est exclamé un bénéficiaire au cours d’une interaction avec le chef de l’Etat.

Par ailleurs, Michel Martelly, ému – qui a laissé filtrer des larmes sous l’effet des témoignages d’un bénéficiaire –, a invité les jeunes à ne pas se laisser manipuler par des forces politiciennes. « Avec de l’instabilité, il n’y aura pas d’investissements susceptibles de générer davantage d’emplois dans le pays », a-t-il soutenu, toujours fidèle à son style hilarant. « Je suis aussi populaire, je peux inciter des gens à gagner les rues aussi », gage-t-il, comme un petit tacle à l’aile dure de l’opposition (MOPOD) qui ne jure que par son départ du pouvoir.

Juno Jean Baptiste
jjeanbaptiste@lenouvelliste.com

Voir en ligne : Le Nouvelliste

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