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Baptiste : un million de caféiers sur cinq ans

samedi 31 janvier 2015 par Bill

L’organisation ANIH cherche des fonds pour mettre en œuvre, à Baptiste, le projet « Ann sove kafe a ». Un projet qui, d’une pierre, se propose de faire trois coups : résoudre des problèmes d’ordre environnemental, économique et énergétique.

Un million de caféiers ! C’est un don que l’Association nouvelle image d’Haïti (ANIH) s’engage à faire à Baptiste, communauté des hauteurs de Belladère dans le Plateau central, sur les cinq prochaines années. Vœu formulé à travers le projet « Ann sove kafe a ».

En effet, il s’agit de mettre à la disposition des caféiculteurs de cette zone 200 000 plantules de café chaque année entre 2015 et 2020, selon Paulos Jean, président d’ANIH. Pour donner corps à ce rêve ambitieux, l’organisation basée à la fois en France et en Haïti nécessite une enveloppe évaluée à 1 973 685 gourdes par an.

Pour l’instant, moins de 10% de cette somme est disponible, confie M. Jean. « Toutefois, je suis confiant… Nous continuons à chercher la différence », indique M. Jean qui se dit favorable à l’obtention de nouvelles contributions.

La réalisation d’un tel projet permettra de résoudre trois problèmes majeurs, souligne M. Jean, originaire de Baptiste. « Cela peut apporter des solutions à des problèmes d’ordre environnemental, économique et énergétique ». Confiant dans la réalisation en bonne et due forme de son projet, il explique : « Le café nécessite de l’ombre pour rester en vie. La mise en terre de 200 000 nouvelles plantules chaque année, exigera automatiquement la plantation, la conservation d’environ 20 000 arbres. » Du même coup, la couverture végétale de Baptiste sera préservée et augmentée considérablement, assure-t-il.

Outre l’augmentation de la couverture végétale, le projet doit avoir un impact positif sur l’avancement de la région du point de vue énergétique, dit-il. « En effet, une fois la localité montagneuse qu’est Baptiste reboisée, le débit des sources qui alimentent les rivières. Onde Verte et Fer-à-Cheval, entre autres, vont augmenter, argumente-t-il. Le volume de ces dernières aussi. Le réseau électrique de Croix-de-Fer dont les turbines tournent grâce à la rivière Onde Verte en sortira gagnant. Et les habitants de Baptiste, Belladère et Croix-de-Fer auront droit à plus d’électricité. »

Par ailleurs, il souligne que les rivières susmentionnées sont utilisées pour irriguer plus de 480 hectares dans la région de Croix-de-Fer où l’on cultive des haricots, des arachides, du maïs et de la banane.

« Dans les conditions normales de production, 200 000 plantules, après la 4e récolte, pourront générer deux millions de gourdes chaque année, fait-il remarquer. Les planteurs pourront alors aspirer à un mieux être. »

D’autre part, grâce à ce projet, de nouvelles variétés, plus résistantes et plus rentables, remplaceront celles qui peinent à tenir face au vieillissement et à la maladie, renchérit ce fils du département du Centre qui fait carrière dans la Police nationale d’Haïti (PNH). « Nous rêvons de voir une Baptiste économiquement prospère », dit-il.

Tous les planteurs de Baptiste doivent bénéficier du projet, informe Paulos Jean. Toutefois, les veuves et les planteurs à faibles moyens seront priorisés, promet-il.

D’après Paulos Jean, chaque bénéficiaire devra apporter une contribution de trois gourdes au plus, pour chaque plantule reçue. Ce qui doit permettre d’assurer la survie du projet. « On l’exige également dans l’espoir d’encourager les bénéficiaires à bien s’occuper des plantules pour qu’elles puissent survivre. »

54 600 plantules produites en 2014

ANIH s’est lancée dans la promotion du café depuis 2009, à en croire Paulos Jean. « À travers le Festival café qu’on organise depuis six ans, nous sensibilisons et sonnons la sonnette d’alarme sur les problèmes auxquels sont confrontés les planteurs de cette zone. » Mais, après le passage du cyclone Isaac en 2012, qui a ravagé et a rendu les plantations plus vulnérables à la maladie de la rouille, le staff d’ANIH- Haïti et celui d’ANIH-France ont réalisé qu’il fallait un projet. Un projet qui permettrait de réhabiliter les champs de café en proie à la maladie et d’en faire sortir d’autres de terre.

Tenir une si lourde promesse n’est pas une mince affaire. Paulos Jean en est conscient, dit-il. « La promesse est réalisable et on va la réaliser. » Cette certitude est appuyée par le succès d’un test réalisé en 2014. « En 2014, on a réalisé un essai. On a pu faire pousser une pépinière de 54 600 plantules. » Plantules qui seront prêtes pour distribuer à partir du mois d’avril 2015, selon le technicien agricole, responsable de la pépinière, Elès Jean.

Selon Paulos Jean, ces 54 600 plantules sont une réalité avant tout grâce à la communauté. « Nos premiers bailleurs sont les membres d’ANIH, des citoyens de la communauté de Baptiste qui ont donné, sans hésitation, le peu qu’ils pouvaient, leur énergie, confie-t-il d’un air reconnaissant. Ils savent que la fin de la culture du café dans la zone leur serait fatale sur le plan économique surtout. »

En plus de la contribution de la communauté, M. Jean informe que le projet-test réalisé en 2014 avait reçu le support de plusieurs institutions et personnalités : la Banque de la République d’Haïti (BRH), l’Institut national du café d’Haïti (INCAH), Albert and Albert Foundation, le sénateur Dieuseul S. Desras, Kompè Filo, M. Erick Héraux, Roland Cameau, Michelet Colo, et des policiers de la Cellule contre l’enlèvement de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), entre autres.

AUTEUR : Gladimy Ibraïme
gla2000x@yahoo.fr


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